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Un loft sous la lumière

Laissée à l’abandon depuis 18 ans, une ancienne usine de papier peint a été transformée en loft spectaculaire par une famille en quête d’espace. 200 m2 très ouverts, mais où l’intimité de chacun est parfaitement préservée.

ZOOM

La verrière d’origine, parfaitement restaurée, illumine et délimite un beau volume. La grande hauteur sous plafond permet de jouer avec des éléments décoratifs imposants et inhabituels comme cette bouée-fusée de Tintin, véritable collector aujourd’hui. L’escalier en acier galvanisé mène sur les toits, et derrière, le mur noir ferme un bureau-salle de cinéma. Tabourets « Yuyu », Magis chez Émotions. Table de bistrot, Habitat. Étagères design provenant d’Italie.

Dès l’entrée, on est frappé par l’ampleur des volumes. Le regard est attiré en diagonale vers les grandes fenêtres aux menuiseries noires. Le sol en béton brossé et ciré gris clair, dans toute la pièce de vie, participe à la continuité et à l’unité de l’espace. Les objets, peu nombreux et soigneusement choisis, sont parfaitement mis en valeur, comme ce vélo hollandais et le spot de cinéma ancien chiné. Tabourets de bar « Bombo », Magis chez Émotions. Tableau de photos en frise sur le mur, Aurélia Joubert.

La cuisine a été conçue par Michel, architecte et maître des lieux. Très simple, elle tient dans un renfoncement spécialement créé. L’astuce pour l’agrandir a été d’étirer le bar sur le côté extérieur, le long du murdu salon, pour prolonger la perspective. Des étagères basses en bois contrastent avec la finition Inox des plans de travail. Hotte, Scholtès. Réfrigérateur, Smeg. Au mur, une ancienne publicité Chocolat Menier.

Des lustres industriels noirs habillent tous les plafonds du séjour, créant une unité. Ces « gamelles », récupérées par Michel dans une usine et rénovées, ont volontairement gardé leur chemin de câbles apparent. Table, Ligne Roset. Chaises, Klaessons Möbler AB. Suspensions blanches « Kyo », du designer Toshiyuki Kita. Tableaux « Marilyn », Jean-Christophe Martinez, Galerie Annie Wable.

Longue perspective vers le salon. Sur la table, le bleu est de rigueur avec les assiettes décorées par le peintre Ben Bella (série limitée). Contrastant avec les murs blancs, le sol gris et les touches de noir, les couleurs vives sont encore plus éclatantes. Sculpture « Totem », J.-C. de Castelbajac. Lampe orange, design Starck, Kartell. Buffet ancien.

Dans le salon, le design est de rigueur, avec de grands classiques comme le canapé LC2 et le fauteuil LC3 de Le Corbusier/Jeanneret/Perriand (Cassina), la table basse à roulettes de Gae Aulenti (Fontana Arte) et la suspension « Zettel’z » d’Ingo Maurer. Au noir et à la transparence sont associées des couleurs vives, avec les deux fauteuils rouges déhoussables « AA » (Airborne) et, surtout, le tableau multicolore, qui n’est autre qu’une toile imprimée de dessins d’enfants travaillés avec le peintre Ben Bella.

La salle de bains est d’une grande simplicité. Des étagères (en stratifié finition wengé) supportent deux larges vasques rectangulaires, et des paniers en osier font office de tiroirs. Une douche est dissimulée derrière les lavabos. Baignoire, vasques, robinetterie, radiateur sèche-serviette et paniers, Leroy Merlin.

Esprit japonisant dans la chambre, avec deux futons en guise de lit et aucun autre meuble. Ici, c’est la lumière qui crée la fantaisie, avec une suspension qui se gonfle quand on l’allume (The Conran Shop), une applique tournoyante (Foscarini) et une lampe de chevet en forme de pavé (Ikea).

    Il est toujours difficile de se faire une idée précise du potentiel d’un lieu en très mauvais état avant sa rénovation. Sauf si l’on est architecte, comme Michel. Il a tout de suite vu ce qu’il pouvait tirer de cet espace, qu’il a imaginé très lumineux après la suppression de toutes les cloisons et des faux plafonds. L’ancien bâtiment industriel avait été proposé à la vente en plusieurs lots. Michel et Nathalie ont porté leur choix sur la partie bureau et le logement de fonction. Toute la surface a été mise à nu pour ne garder que les murs, les fenêtres en bois et les plafonds avec leurs piliers de métal, tous d’origine.

    Sans oublier la superbe verrière qui éclaire l’entrée et donne au loft sa personnalité. Les choses sont devenues plus compliquées lorsqu’il a fallu décider du plan d’aménagement. L’idée était d’entrer dans un grand volume et de ne pas voir l’espace nuit. Les trois chambres et les deux salles de bains ont donc été installées à gauche de l’entrée, après un bureau qui sert aussi de salle de cinéma, mais qui fait surtout office de sas. Ainsi, la partie nuit ne se voit pas et est isolée du bruit.

    Le pari est donc largement gagné ! Et même doublement, puisque la perspective quand on entre dans le loft mène le regard jusqu’à l’angle des belles fenêtres d’origine, dégageant un vaste espace en L, rempli de lumière. « C’est exactement ce que nous voulions », s’émerveille encore Nathalie. D’abord avec la verrière, puis avec les six grandes fenêtres, ce sont bien les sources de lumière qui ont été privilégiées ici pour organiser les espaces de vie et les déplacements. La décoration participe à cette fluidité des volumes, avec des meubles design plutôt bas, en petite quantité, mais choisis avec soin.

    Les différentes zones sont pourtant bien marquées entre le salon et la salle à manger. Tout le charme de ce loft est de créer sans cesse des jeux de perspectives, d’un coin à l’autre. Par exemple, la cuisine, dans l’angle du L, est invisible du côté salon, mais se voit largement depuis la table de réception. Ce sont ces différents points de vue qui plaisent au couple, autant que la lumière omniprésente. Que peut-on imaginer de plus pour se sentir bien chez soi ?

    Reportage réalisé par Emmanuelle Couturier. Photos Patrick Smith.
    Art&Décoration N°455 Octobre 2009.

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