Spécialiste du métal, l’ingénieur, constructeur et créateur de meubles Jean Prouvé a mis son savoir-faire et son sens de l’innovation au service de l’architecture. Sa grande maison préfabriquée de Brazzaville (1951) a été exposée jusqu’en décembre dernier port des Champs-Elysées, au terme d’aventures épiques vécues par Éric Touchaleaume.
Construite par Jean Prouvé au début des années 1950, la grande maison tropicale de Brazzaville vient de faire son entrée définitive dans l’histoire de l’architecture et le monde de l’art… en passant par Paris. Après avoir été installée fin 2006 sur les berges de la Seine, au pied du pont Alexandre III, là où une première maison de ce type avait été présentée dans le cadre de l’Exposition pour l’Équipement de l’Union française de 1949, elle a été démontée pour être envoyée à New York. Deux mois d’exposition sont prévus sur le Pier de Chelsea avant la vente chez Christie’s en juin prochain. Une nouvelle page se tournera pour cette vaste construction en tôles d’acier et d’aluminium pliées, inspirée de l’architecture coloniale traditionnelle.
Depuis la fin du XIXe siècle, l’architecture métallique a fait de considérables avancées techniques. L’ossature en métal, avec ses points d’appuis réduits, supporte l’édifice en libérant les murs de leur rôle porteur. C’est autour de ce principe que s’articule une partie du travail de Jean Prouvé qui, en tant qu’ingénieur, a collaboré avec les plus grands architectes de son temps – comme Le Corbusier, Mallet-Stevens, Beaudoin et Lods –, pour mettre au point le murrideau qui n’a d’ailleurs plus qu’une fonction de façade protectrice.
Des maisons « usinées comme des automobiles »
Mais c’est dans le cadre de la reconstruction d’après-guerre que le fils de Victor Prouvé – et filleul d’Émile Gallé –, formé dans la mouvance de l’École de Nancy, a essayé de mettre en oeuvre ses conceptions modernistes les plus personnelles en proposant des modèles de bâtiments et maisons préfabriqués rapides à monter. Pour en abaisser le coût et contribuer au progrès social, le but était, à terme, d’adapter des moyens de production industrielle au secteur du bâtiment. Avec ses maisons tropicales, comme il l’avait fait dans ses projets de logements pour les sinistrés lorrains, Prouvé poursuit dans la voie qui devait lui permettre de construire « des maisons usinées comme des automobiles… ». Destinées à être implantées sur le territoire colonial français d’Afrique, ces maisons sont « légères » (50 kg au m2) car conçues pour être expédiées depuis la métropole par avion-cargo.
Basées sur les fameuses structures à portiques dont Jean Prouvé a déposé le brevet en 1938, elles sont étudiées pour s’adapter aux données climatiques locales (pluies, chaleur, soleil). L’ensemble des éléments modulaires standard préfabriqués qui les constituent sont prévus pour être assemblés sur place en deux semaines environ. Mais, en dépit de l’intérêt qu’elles ont suscité, ces maisons « en kit » sorties des ateliers Prouvé de Maxéville n’ont pas été suivies de commandes. Étaient-elles finalement trop chères, victimes de la concurrence du béton, ou seulement déconcertantes pour des personnes attachées aux constructions maçonnées plus conventionnelles ? L’expérience s’est en tout cas limitée à trois prototypes. La maison de Niamey (exposée en 1949 à Paris) servait de logement et de bureaux à un directeur de collège. Les deux autres, datées de 1951, étaient montées côte à côte à Brazzaville et reliées par une passerelle. L’une abritait les bureaux, l’autre – notre vedette –, le logement de fonction du directeur de la filiale africaine de la société Aluminium Français.
Une chasse au trésor
L’histoire aurait pu s’arrêter là et se résumer en quelques lignes et rares photos d’archives si le galeriste-antiquaire Éric Touchaleaume (et son équipe de la Galerie 54), animé par sa passion pour Jean Prouvé, n’avait un jour décidé de partir à la recherche de ces fameuses maisons. Il savait que celles de la capitale congolaise étaient encore en place à la fin des années 1980. Mais qu’étaientelles devenues après les bouleversements politiques ? Au moment où il est parti, notre « aventurier » ne pouvait être certain de rien… Un jour de mars 2000, après avoir mené son travail d’investigation sur le terrain et s’être laissé guider par un chauffeur de taxi à qui il avait montré une vieille photo de la bâtisse, la surprise l’attendait au fond d’une impasse…
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