Dans l’Eure, une élégante demeure de la fin du XVIIIe siècle se refait une beauté. En jouant le contraste du noir et du blanc, ses nouveaux propriétaires réinventent un certain classicisme. Un savant métissage de styles, toujours chic.
Dans la vallée de la Seine, aux portes de la Normandie, la brume se lève sur l’ancienne dépendance du château de Saint-Just et laisse deviner une façade très simple aux proportions élégantes. En 2004, un couple de Parisiens désireux de changer de vie tombe sous le charme de ce lieu laissé à l’abandon. Bien décidés à rendre à la propriété son faste d’antan, Laura et son mari font l’acquisition du domaine et se lancent dans d’importants travaux qui dureront plus d’un an. Leurs efforts portent d’abord sur la remise en état du parc, espace clos, entouré de murs, qu’ils réinventent en s’inspirant tantôt du charme des jardins anglais, tantôt de la rigueur des parcs à la française.
Si la façade, peu abîmée, ne nécessite qu’un simple rafraîchissement, l’intérieur de la maison est à repenser entièrement. Pour gagner encore de l’espace, les nouveaux propriétaires font ajouter une aile au bâtiment d’origine, qui donne à l’ensemble sa forme en L et porte à 500 m2 la surface habitable. Mais Laura, qui n’en est pas à son premier chantier, ne manque ni de culture technique, ni de patience, ni d’imagination pour mener à bien son projet. Les pièces à vivre sont installées au rez-de-chaussée. Dans chacune, une porte ouvre sur l’extérieur, une disposition particulière que la propriétaire, sensible à la nature autant qu’à la lumière, décide de conserver. Dans un souci d’authenticité, elle garde également le maximum d’éléments architecturaux ou de matériaux d’origine, tels le parquet du salon ou le carrelage de l’entrée.
Un « patrimoine » qu’elle valorise en peignant les murs dans des tons clairs, rehaussés par le noir utilisé pour les huisseries, les moulures et les soubassements. Originale, cette idée apporte aux pièces à vivre du rez-de-chaussée cohérence et élégance : « Les teintes foncées cassent les angles, donnent de la profondeur aux volumes et forment un écrin de velours sombre qui sublime les objets posés à proximité », explique Laura. Pour ne pas étouffer l’espace, les meubles sont peu nombreux. Les plus anciens, lorsqu’ils ne sont pas un héritage familial, ont été patiemment chinés dans le Perche ou en Normandie.
Décoratice dans l’âme, Laura a su en tirer le meilleur parti, les laissant dans leur jus, les détournant ou les patinant après les avoir restaurés. Dans la cuisine ou dans la chambre, plus contemporaines, le mobilier a été réalisé sur mesure et s’accorde sans fausse note à l’atmosphère classique de la maison. Guidée par un sens inné des harmonies – qu’il s’agisse de volumes, de couleurs ou de styles –, Laura a merveilleusement réussi à faire revivre sa maison et à la rendre à la fois attachante et conviviale.
Reportage réalisé par Caroline Engel. Photos Pierre-Jean Verger
Art&Décoration N°457 Janvier 2010
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