Au coeur de la campagne picarde, un ancien vendangeoir se réveille d’un long sommeil. Magnifiquement restauré par des passionnés de vieilles pierres, il a retrouvé son allure d’antan, tout en s’inscrivant dans l’air du temps.
C'’est un avocat, un certain Jacques Chevalier, qui fit construire vers 1670 cet imposant vendangeoir. Son austère façade en brique et en pierre blanche, typique du Nord, est représentative de l’architecture du XVIIe siècle. Ses proportions harmonieuses et l’équilibre de l’ensemble ont su, il y a quelques années, séduire une famille qui cherchait une maison entre Reims et Paris. Également conquis par le caractère authentique de la demeure et par la beauté du parc planté d’arbres centenaires, le jeune couple, parent de deux enfants, se jette à l’eau…Délaissée depuis des dizaines d’années, dépourvue de tout confort moderne – il n’y a ni chauffage ni salle de bains –, la bâtisse est en piteux état et nécessite de gros travaux.
Il devient rapidement évident que les volumes d’origine ont été modifiés au cours du XIXe siècle et que toutes les pièces du rez-de-chaussée ont été cloisonnées. Dans un souci de cohérence architecturale, les propriétaires décident de tout mettre en oeuvre pour rendre à la demeure sa configuration originale. Ainsi, le hall, le salon et la salle à manger, morcelés en plusieurs petites surfaces, retrouvent leurs généreux volumes. Et depuis l’entrée, on découvre à nouveau une enfilade de pièces communiquant entre elles par des doubles portes. Grâce à des fenêtres tout en hauteur, la lumière entre à flots et les vieux arbres du parc semblent s’inviter à l’intérieur de la maison. Une fois les volumes d’origine retrouvés, ces amoureux du patrimoine se mettent en quête de matériaux anciens.
Quelques mètres carrés de parquet en chêne posé en point de Hongrie dans la salle à manger, de la pierre de Courville associée à des cabochons de marbre noir dans le salon et dans le hall d’entrée complètent et remplacent les éléments d’origine en trop mauvais état. Des moulures, parfois récupérées sur des armoires, viennent orner le dessus des portes. Côté peintures, le couple privilégie les teintes neutres – beige, mastic, craie, gris, bleu clair – et joue avec les soubassements et les boiseries pour varier les couleurs. Côté décoration, enfin, la propriétaire déniche l’essentiel des meubles et des objets qui habillent la maison chez les antiquaires et brocanteurs de la région, et les restaure ensuite minutieusement. Table Directoire, cabriolets et banquette Louis XV, bougeoirs en verre mercurisé, miroirs, lustres à pampilles, lanternes… et autres trouvailles ou rééditions, ont tout naturellement leur place.
Reportage réalisé par Anne Valéry. Photos Patrick Smith.
Art&Décoration N°456 Nov-Dec 2009
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