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La superbe restauration d'un vendangeoir

Au coeur de la campagne picarde, un ancien vendangeoir se réveille d’un long sommeil. Magnifiquement restauré par des passionnés de vieilles pierres, il a retrouvé son allure d’antan, tout en s’inscrivant dans l’air du temps.

ZOOM

Nuit magique… Dès que le jour baisse, les enfants se font une joie d’éclairer la maison, perron compris, en allumant une multitude de bougies (Bougies La Française). Les boules de buis taillées, de part et d’autre de l’escalier, confèrent à l’entrée un aspect solennel.

Le charme de la maison doit beaucoup aux objets, chinés pour la plupart, et mis en scène dans de savantes accumulations. Coupes, cloches et bocaux en verre, Pomax.

Décloisonné, le salon a retrouvé son volume d’origine. Au sol, le vieux parquet, irrécupérable, a été remplacé par des dalles de pierre blanche ponctuées de cabochons de marbre noir. Un décor typique des maisons bourgeoises de Picardie. Canapé, Mobilier de France. Fauteuil de style Louis XV, AM-PM.

Au rez-de-chaussée, les hautes fenêtres donnent d’un côté sur le parc et de l’autre sur une cour. Cette double exposition apporte au salon une lumière que réfléchissent les murs peints d’un blanc légèrement grisé (Tollens). Méridienne chinée, recouverte de toile de Jouy. Banquette taupe, AM-PM. Lanterne en zinc, Pomax. Lampes, Antiq Déco. Portrait ancien et trumeau orné d’une scène mythologique, début du XIXe siècle, chinés.

Dans la salle à manger, le bleu vif des assiettes en faïence de Creil et Montereau apporte une touche de couleur. Des glands d’embrasses assortis (Houlès) tiennent les serviettes, tandis qu’une couronne de sapin et de jacinthes (Armand Wagner) ajoute une note de fraîcheur. Chaises chinées, patinées et retapissées.

Des bougeoirs en verre mercurisé ornent la cheminée et rappellent une mode du XIXe siècle. Sur la commode Louis XVI en noyer, une collection d’objets d’hier et d’aujourd’hui.

Pour protéger le mur derrière le piano de cuisson (Lacanche), quelques mètres carrés d’ardoise font office de crédence. Moules en cuivre, vieux fouets, balance et terrine à l’ancienne cultivent avec le fourneau le souvenir des cuisines de grands-mères !

Bonbons, pâtes et gâteaux ont trouvé leur place dans de grands bocaux en verre chinés et installés sur un petit buffet (Le Grenier Picard) que la propriétaire a peint dans le même gris que le soubassement.

La propriétaire a réussi à recréer l’ambiance un peu désuète d’une cuisine de campagne… mais sans renoncer au confort d’aujourd’hui !

Le grand escalier en tomettes de terre cuite et en chêne dessert les chambres situées à l’étage. Il accueille tout un bric-à-brac d’objets anciens qu’éclairent des lanternes à la bougie (Jardiland).

Dans la petite chambre d’amis, la propriétaire s’est amusée à peindre sur le fond blanc un décor de panneaux, souligné par un petit motif de coquille parfaitement dans le goût du XVIIIe siècle. Boutis, Elsa C.

Dans leur chambre, les propriétaires ont décapé et peint dans un gris bleuté les volets intérieurs. Ils s’harmonisent ainsi au gris taupe des murs et au plancher en sapin. Comme un leitmotiv, la toile de Jouy (Marché Saint-Pierre) habille une chaise, une paire de coussins et s’invite finalement dans un grand cadre au-dessus du lit. Boutis, Linvosges. Commode, AM-PM. Chevets, Helmut Walter Bollmann. Sur la commode, ancien bougeoir d’église.

D’humeur rétro, la salle de bains associe un lavabo en porcelaine blanche aux formes arrondies (Leroy Merlin) et la réédition d’une baignoire à l’ancienne (Jacob Delafon). Autour de la baignoire, un habillage en pierre de Courville protège les murs. Accessoires et linge de bain, Côté Bastide.

Pour donner du volume à cette petite chambre, la propriétaire a choisi des rayures verticales et des couleurs claires, qui font ressortir la belle couleur miel du plancher en sapin, décapé, lessivé et légèrement poncé. Au-dessus du lit, une ancienne affiche de La Maison des Instituteurs. Linge de lit, Cyrillus.

    C'’est un avocat, un certain Jacques Chevalier, qui fit construire vers 1670 cet imposant vendangeoir. Son austère façade en brique et en pierre blanche, typique du Nord, est représentative de l’architecture du XVIIe siècle. Ses proportions harmonieuses et l’équilibre de l’ensemble ont su, il y a quelques années, séduire une famille qui cherchait une maison entre Reims et Paris. Également conquis par le caractère authentique de la demeure et par la beauté du parc planté d’arbres centenaires, le jeune couple, parent de deux enfants, se jette à l’eau…Délaissée depuis des dizaines d’années, dépourvue de tout confort moderne – il n’y a ni chauffage ni salle de bains –, la bâtisse est en piteux état et nécessite de gros travaux.

    Il devient rapidement évident que les volumes d’origine ont été modifiés au cours du XIXe siècle et que toutes les pièces du rez-de-chaussée ont été cloisonnées. Dans un souci de cohérence architecturale, les propriétaires décident de tout mettre en oeuvre pour rendre à la demeure sa configuration originale. Ainsi, le hall, le salon et la salle à manger, morcelés en plusieurs petites surfaces, retrouvent leurs généreux volumes. Et depuis l’entrée, on découvre à nouveau une enfilade de pièces communiquant entre elles par des doubles portes. Grâce à des fenêtres tout en hauteur, la lumière entre à flots et les vieux arbres du parc semblent s’inviter à l’intérieur de la maison. Une fois les volumes d’origine retrouvés, ces amoureux du patrimoine se mettent en quête de matériaux anciens.

    Quelques mètres carrés de parquet en chêne posé en point de Hongrie dans la salle à manger, de la pierre de Courville associée à des cabochons de marbre noir dans le salon et dans le hall d’entrée complètent et remplacent les éléments d’origine en trop mauvais état. Des moulures, parfois récupérées sur des armoires, viennent orner le dessus des portes. Côté peintures, le couple privilégie les teintes neutres – beige, mastic, craie, gris, bleu clair – et joue avec les soubassements et les boiseries pour varier les couleurs. Côté décoration, enfin, la propriétaire déniche l’essentiel des meubles et des objets qui habillent la maison chez les antiquaires et brocanteurs de la région, et les restaure ensuite minutieusement. Table Directoire, cabriolets et banquette Louis XV, bougeoirs en verre mercurisé, miroirs, lustres à pampilles, lanternes… et autres trouvailles ou rééditions, ont tout naturellement leur place.

    Reportage réalisé par Anne Valéry. Photos Patrick Smith.
    Art&Décoration N°456 Nov-Dec 2009

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