Rien ne porte à croire que ce mas, qui chante la douce mélopée du Sud, ait été entièrement construit par ses propriétaires il n’y a pas si longtemps. Et pourtant…
Un coin de garrigue, avec en tout et pour tout trois pins et deux cyprès impassibles sous le climat rude de l’Uzèges : voilà ce que le promeneur attentif aurait pu remarquer en passant au pied du petit village d’Aigaliers avant 1994. Avec les robustes pierres du pays trouvées à la déchetterie ou données par les paysans, Francette et Gilbert ont édifié patiemment ce qui ressemble aujourd’hui à un authentique mas provençal, magnifié par une luxuriante végétation méditerranéenne. L’énergie hors du commun de ces deux-là leur avait déjà permis de reconstruire l’ancien temple édifié au coeur du village et dont il ne restait que des murs à demi effondrés. Le tandem pouvait bien fonctionner à nouveau, dans un projet de construction neuve cette fois-ci : Francette a donné les orientations principales et assisté efficacement Gilbert, architecte dans l’âme et bâtisseur-né, qui s’est chargé pour sa part de la réalisation.
« Nous avons tout fait de A à Z, avec peu de moyens et beaucoup de conviction, avoue cette authentique Uzètienne, avec une fierté bien légitime. Nous n’avions pas de plan de construction vraiment défini, si ce n’est le projet global déposé pour l’obtention du permis de construire. En réalité, la maison s’est faite au fur et à mesure, au gré de nos envies, au hasard de nos trouvailles et en fonction des matériaux dont nous disposions. » Architecture initialement en L, décrochements en façade, escaliers extérieurs, petites terrasses suspendues noyées sous les plantes grimpantes…
Le résultat ne manque pas de charme ! Les tuiles, les parefeuilles, les poutres et les portes anciennes ont été fournies en grande partie par Marius Andrieu, un récupérateur de matériaux anciens installé à Saint-Christol-les-Alès. Seules les pierres des sols et des cheminées sont récentes, taillées sur commande à la carrière La Pierre du Pont-du-Gard, celle-là même qui a fourni la matière première pour la construction du pont éponyme.Lorsque le couple a décidé, il y a quelques années, de transformer la maison en restaurant privé et chambres d’hôtes, le garage et l’atelier ont très vite cédé la place à de nouvelles pièces habitables : une cuisine ouverte sur un immense salon, une grande chambre marocaine et une ravissante petite salle de bains.
Richard Goullet, un ami décorateur au style affirmé, est alors intervenu pour mettre son grain de sel dans les chambres et les salles de bains, et revoir au passage quelques détails avec Francette. Ses jeux de couleurs audacieux ont fait naître dans chaque pièce une atmosphère particulière : vert lagon et rouge orangé pour une petite chambre pleine de fougue, gris clair nacré et turquoise pâle pour une salle d’eau baignée de sérénité… Avec les tableaux de natures mortes, la vaisselle d’antan et le linge de maison ancien chiné par Francette, la maison a très vite pris du galon. Baptisé Les Trois Pins, en référence aux anciens locataires épineux du terrain, le mas invite à des soirées chaleureuses, sous la tonnelledégoulinante de vigne vierge d’avril à octobre, ou autour de la belle cheminée de la salle à manger l’hiver venu.
Reportage réalisé par Manuela Oliveira-Nauts. Photos Ivan Lainville.
Art&Décoration N°431 Mars 2007
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