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Un ponton sur la mer

Au bord des marais salants d’Ars-en-Ré, tout au bout de l’île blanche, est posée une jolie maison où la simplicité rime avec l’esprit des vacances.

ZOOM

À l’origine, le coltar est un goudron qui calfatait les coques en bois des bateaux de pêche. Étanche, il servait aussi de bardage aux hangars à sels, très exposés au vent et aux intempéries : le choix d’en habiller l’extérieur d’un habitat en bordure des marais n’a donc rien d’insolite, bien au contraire. Deux volets coulissants en bois, presque invisibles car parfaitement intégrés dans le noir de la façade, peuvent glisser le long du vitrage et se cadenasser à leur intersection, offrant une très solide protection de la maison.

Le séjour de 80 m2 crée la surprise avec cette magnifique charpente en chêne massif et cette baie d’angle composée de deux parois de verre double épaisseur jointoyées et renforcées par un film plastique interne. L’absence de montant central lui confère une légèreté sans pareille. Une belle prouesse technique est à l’origine de ce miracle esthétique : dissimulés dans l’épaisseur des murs, deux chaînages horizontaux, en béton armé, courant depuis chacune des portes du séjour jusqu’à l’intersection des deux panneaux vitrés, supportent la charge du porte-à-faux. Cheminée, chenets, chaise et coffre en bois chinés. Buffet, Jarres & Jardins. Canapé, AM/PM-La Redoute. Fauteuils en osier, Maisons du Monde.

Dans la cuisine, une seule règle : la simplicité. Le système d’ouverture des fenêtres audessus du plan de travail permet d’aérer la pièce, sans aucune perte de place. Les éléments ont été fabriqués sur mesuren par un menuisier-cuisiniste local.

Laqué blanc, le bois de la chambre renvoie à la décoration des bateaux, tout comme l’habillage de la tête de lit. Dans le faux plafond de l’alcôve est incrustée une paire de lampes basse tension pour réchauffer l’atmosphère de la pièce. Les deux lampes bateau style Empire à abat-jour de cuivre ajoutent une note de raffinement citadin à ce décor qui évoque une cabine de paquebot… en 1re classe. Photo du clocher d’Ars. Peinture, Rabanit.

Une petite pièce, initialement sans affectation particulière, est devenue une salle de jeux et de détente. Décorée dans les tons de bleu, on y joue, fait la fête et regarde la télévision.

Dedans/dehors, ombre et lumière, se nouent et s’entremêlent subtilement. Depuis le salon, le visiteur embrasse aussi du regard le préau accueillant la salle à manger d’été. Un barbecue a été intégré dans la façade latérale du garage, traitée ici en pierre de pays. Le radiateur sert d’assise à une petite banquette adoucie de coussins carrés.

Circulation et transparence entre les volumes sont les maîtres mots de cette architecture. Sans porte, la jonction entre vestibule et pièce à vivre est pourtant marquée par une double rupture : celle du traitement du sol, où le parquet, plus noble, remplace le carrelage ; celle du plafond, où la charpente succède au faux plafond. À droite de la porte d’entrée, on accède à la cuisine ; à gauche, un petit couloir mène aux appartements des parents.

Dessiné sur mesure par l’architecte, le bloc lavabo en sapin traité est essentiellement conçu dans un esprit pratique. Sous les lavabos (Habitat) sont disposés de simples paniers d’osier pour le linge. Le sol est en carrelage de grès cérame.

A l’origine, dans les maisons humides du bord de mer, les lambris de bois courant sur la partie basse des parois servaient de protection contre le salpêtre. Les progrès en matière d’isolation font désormais de cet habillage un pur élément décoratif. La sobriété des couettes et des rideaux contraste sans heurt avec quelques éléments anciens, comme cette table de toilette en acajou du XIXe – relique de famille.

Une petite terrasse-solarium, habillée de caillebotis, a été aménagée en hauteur pour bronzer et profiter du point de vue panoramique exceptionnel sur les marais.

Dans le patio, avec son préau abrité du vent, les murs extérieurs combinent élégamment revêtement en pierre sèche de pays et enduit de crépi blanc. Les huisseries de la grande fenêtre sous le préau sont traitées en peinture noire, apportant une touche contemporaine à un espace qui mêle subtilement esprit vernaculaire, touche industrielle et déclinaisons méridionales. Le dallage du sol est en pierre reconstituée. Lampes tempête. Chaises « Brighton » et table en teck massif, Carrefour. Service de table, Habitat.

    En bordure de l’un de ces larges bassins sauvages qui alimentent les marais salants du « fier d’Ars », il s’agissait d’édifier une maison de vacances, toute simple, facile d’entretien, pratique à vivre, pour une famille de quatre enfants et les amis de passage. Soit environ 250 m2 au sol. En apparence, rien de bien compliqué. De fait, la réponse sans tapage apportée par l’architecte a un air d’évidence qui d’emblée ravit l’oeil. L’édifice se coule sans mal dans ce qu’il est convenu d’appeler « le style réthais » – hors duquel point de salut : il est en effet illicite de construire en étage.

    Le faîtage maximum autorisé est de 4,5 mètres, le crépi blanc des murs, la toiture de tuile romaine, jusqu’à la teinte gris-bleu des volets de bois, choisie sur le nuancier municipal, ont été imposés par la ville.Sur l’étendue scintillante du « grand vasais » – ainsi se nomme cette vaste réserve d’eau de mer –, la brise fouette la vue magnifique. L’implantation et la distribution de l’espace décidées par l’architecte permettent de prendre le soleil tout en se protégeant des vents d’ouest.

    Balayant les conventions, l’architecte invente une maison en forme de fer à cheval, avec la cour au sud, qui semble tourner le dos à la mer. Le garage, à main gauche, percé dans sa longueur d’une rangée de petites fenêtres carrées, est entièrement habillé de bois lazuré anthracite, dans l’esprit de ces hangars à sels passés au coltar (goudron), comme il s’en voit encore aux abords des marais.

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