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Un loft romantique

Paris, deux appartements réunis prennent des allures de loft, mais choisissent la douceur de l’esprit du XVIIIe siècle associée à la rigueur de quelques éléments industriels. Mariage heureux.

ZOOM

Effets de boiseries sur toute la longueur du mur de la salle à manger avec une suite de volets intérieurs provenant d’un appartement versaillais. Certains sont décapés, d’autres blanchis, d’autres ont gardé leur patine d’origine. La table en fonte vient d’Indonésie. Les chaises et fauteuils de style Louis XV achetés à la salle des ventes d’Étampes ont été tendus de tissu en lin chocolat. Soupière, Collection Regards Jean-Baptiste Astier de Villatte. Suspension de style industriel chinée aux puces.

Depuis ce palier on accède au salon à droite, et l’escalier mène à la terrasse. Sous un tableau de famille, la table roulante d’atelier de peintre a été chinée aux puces. Pichets, vase et vaisselle, Collection Regards Jean-Baptiste Astier de Villatte. La paire de lampes, Maison Caumont.

Les éléments bas de la cuisine étaient déjà là (Ikea). On leur a simplement ajouté un plan de travail professionnel, provenant d’un restaurant. Cuisinière, La Cornue. Hotte, De Dietrich.

Le bureau et le secrétaire métallique à casiers, qui proviennent tous deux d’un ancien bureau de poste, ont été chinés, tout comme le fauteuil pivotant des années 1950. Au mur, série de gravures « Curiosité », papeterie et petites lampes imprimées, Maison Caumont. À côté du bureau, lampadaire articulé en métal, Fly.

Habillé d’un chaleureux parquet ancien en chêne patiné (Charme et Parquet), le salon accueille un grand canapé en toile de lin (Natuzzi) et une table basse chinée dans une brocante et repeinte. Les six lés de papier peint (Fornasetti) encadrés sont une idée simple et décorative.

Mélange des styles avec la chaise longue « LC4 » de Le Corbusier, Jeanneret et Perriand (Cassina), et un buffet provincial du XVIIIe. Lampe et gravures, Maison Caumont.

Dans la chambre des parents, on plonge dès le pas de la porte dans une ambiance XVIIIe. Sur la commode Louis XV est posée une peinture de l’école de Barbizon : Le Moulin. Bergère Louis XVI.

Au-dessus du lit, un morceau de fronton en bois doré flanqué de tableaux anciens et, de chaque côté du lit, en guise de chevets, une paire de petites consoles Louis XVI agrémentées de deux lampes. Le tout, Maison Caumont.

Grâce à l’absence de vis-à-vis, la baignoire à pieds de lion (réédition Jacob Delafon) a pris place devant la fenêtre. Dénichée dans une brocante, la table roulante métallique provient d’une imprimerie. Mannequin de couturière chiné. Les murs et le sol sont recouverts de carreaux de ciment gris, Mosaïc del Sur.

    Lorsque le propriétaire de cet appartement fait appel à la décoratrice Laure du Chatenet, cette dernière ignore ce qui l’attend en débouchant dans cette rue étroite du Xe arrondissement de la capitale. Au bout d’un étroit couloir et après quelques marches d’un escalier raide et sombre, elle découvre, ébahie, de vastes volumes incroyablement lumineux. L’appartement se situe à cheval entre deux immeubles. Le premier bâtiment, qui donne sur la rue, date du XVIIIe siècle et le second, construit au siècle suivant dans la cour intérieure, est une ancienne usine. Ainsi, l’espace est composé de deux parties bien distinctes. Dans la première, côté rue, sont installés le salon, la chambre des parents et la salle de bains sous un plafond relativement bas qui donne à l’ensemble un caractère intime.

    Dans la seconde, à laquelle on accède par quelques marches depuis le salon, sous une hauteur de pla1 fond de cinq mètres environ et un toit en verrière, sont installés une spacieuse salle à manger-cuisine et un coin bureau. Ce contraste entre les deux univers contribue beaucoup au charme du lieu. Pour les choix décoratifs, le propriétaire a laissé carte blanche à Laure. La palette des couleurs s’impose comme une évidence. Inconditionnelle de l’esprit du XVIIIe siècle, la décoratrice opte pour une harmonie de teintes élégantes et discrètes : gris, brun, grège et taupe. Elle remplace le sol en parquet flottant de merisier sans grand intérêt par de larges lames de chêne vieilli et, pour la salle de bains, elle choisit des carreaux de ciment gris.

    Afin de meubler le lieu, Laure fait ensuite le tour de ses bonnes adresses et déniche un mélange de meubles et objets des XVIIIe et XIXe siècles, ainsi que du mobilier industriel. Ces derniers apportent la note décontractée qu’elle affectionne. Elle ajoute également beaucoup d’objets de sa propre collection, qui viennent compléter l’ensemble. Car Laure n’est pas seulement décoratrice, elle a fondé sa propre société : la Maison Caumont. Elle a choisi ce nom en souvenir d’une ancienne maison de famille qu’elle affectionnait et à laquelle elle se sentait particulièrement attachée. Ses créations racontent une histoire, celle d’un siècle – le XVIIIe – où l’ébénisterie était considérée comme un art de haut niveau qui se transmettait de génération en génération, et dont les grandes signatures étaient des artistes reconnus et estimés.

    Admiratrice de cette époque, Laure a créé une collection d’objets, trumeaux, lampes, linge de maison et papeterie, directement inspirés de documents du XVIIIe siècle, retravaillés et revisités avec des imprimés plus modernes. C’est là sa touche personnelle. Dans cet appartement composite et atypique, cette décoratrice renommée a sans aucun doute trouvé le cadre idéal pour réussir le mariage du bois patiné à l’ancienne et des meubles industriels.

    Reportage réalisé par Annabelle Douce. Photos Louis Gavard
    Art&Décoration N°456 Nov-Dec 2009

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