Dans une ancienne ferme d’alpage rénovée avec respect et imagination en chalet de montagne très chaleureux, on retrouve le bonheur de l’authenticité et de la nature alentour. Avec, en prime, le spectacle grandiose des montagnes.
Face à nous, en cinémascope : le mont Blanc, l’Aiguille Verte, les Aiguilles de Warens. Un vrai paysage de carte postale. On le sait, Cordon est « le balcon du mont Blanc ». Ici, nous sommes à peu près à 1 200 mètres d’altitude, le ciel est limpide, le silence total, la neige immaculée. Le village et son clocher baroque sont situés juste en dessous, 400 mètres plus bas. Adossée aux sapins qui escaladent la pente, une jolie ferme d’alpage est bâtie sur un petit replat. Elle date de 1795. C’est inscrit sur l’une des contrefiches qui soutiennent la charpente : « Esprit Petitjean, Marin Louis son fils, l’an du seigneur 7 octobre 1795 ». C’est habituel ici, à Cordon et à Combloux, de trouver ce genre d’inscription qui, souvent, place le chalet, la ferme, sous la protection divine.
On y trouve aussi parfois des symboles religieux dessinés, des croix, des ostensoirs… La ferme est spectaculaire, avec son grand balcon en bois qui la ceinture. Les randonneurs s’arrêtent pour la photographier. Elle est encore accompagnée de son grenier savoyard, ou « mazot », un chalet en miniature construit tout à côté. On y conservait autrefois le grain et les objets de valeur, loin des risques d’incendie. L’abreuvoir en pierre aussi est encore là, l’eau s’y écoule toujours en un mince filet. Apparemment, rien n’a bougé depuis des lustres. La réalité est évidemment toute autre. Encore en activité jusque, sans doute, au milieu du siècle dernier, la ferme avait été laissée ensuite à l’abandon, se détériorant peu à peu. Jusqu’à ce que son nouvel acquéreur, Serge, s’en entiche et décide de la restaurer.
Patiemment, il a quasiment tout fait lui-même. Certes, il a mis près de dix ans pour en venir à bout, mais le résultat final vaut la peine. Une ferme d’alpage d’autrefois n’était en réalité pas aussi idyllique que l’on veut bien le croire aujourd’hui. C’était même assez spartiate ! Au rez-de-chaussée vivaient ensemble, ou presque, hommes et bêtes. Pour se tenir chaud mutuellement. Au centre de l’espace siégeait une « beurne », cheminée gigantesque, en bois, pyramidale, qui traversait la ferme sur toute sa hauteur. D’en bas, on apercevait le ciel. Un vrai monument qui servait moins à chauffer la ferme qu’à fumer les viandes. On y accrochait jambons et saucisses pour les conserver.
Au-dessus, jusqu’à la charpente, l’ensemble de l’espace était consacré au foin. On l’engrangeait pour nourrir le bétail l’hiver. C’est là, sous la charpente, profitant de l’exceptionnel volume, que Serge a aménagé le séjour. Et quel séjour ! Vaste, très vaste, réunissant dans un même espace la cheminée, le coin repas avec sa table gigantesque (plus de trois mètres de long) et la cuisine, derrière son bar. Mais ce n’est pas tout. La vraie surprise, la plus étonnante, c’est ce « mazot » ancien, avec son toit en tavaillons, démonté et remonté à l’intérieur, dans l’angle de la pièce, transformé en chambre d’enfants avec des lits jumeaux. La « beurne » d’origine a été conservée, mais on ne l’aperçoit plus que par intermittence. Elle traverse la cuisine d’un côté, une salle de bains de l’autre, et la douche y a été installée.
À l’étage au-dessus, on la retrouve dans une autre chambre, aménagée en penderie… Pour restaurer son chalet, Serge a opté pour l’authenticité. L’ensemble de la charpente a été conservé et se déploie telle une sculpture constructiviste. Pour le reste, il a choisi du bois, du bois partout, du bois ancien le plus souvent. Au sol, des parquets à lames larges, en pin simplement huilé, aux reflets satinés. Un escalier monumental escalade l’espace, réunissant ainsi les trois niveaux, de l’ancienne étable transformée en atelier jusqu’à une ultime petite chambre sous les toits. Prendre le temps de souffler, s’éloigner de l’agitation des villes… Ce chalet est un vrai bonheur pour les amateurs d’air pur, de calme et d’authenticité.
Reportage réalisé par Pierre Faveton. Photos Patrick smith
Art&Décoration N°458 Février 2010
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