Les Pavillons de Bercy, c’est l’histoire d’une collection devenue musée-spectacle. Dédiée à la fête et aux Arts forains, elle offre sous le signe de la convivialité, un espace de rêve et de liberté où il fait bon retrouver son âme d’enfant.
L'histoire des Pavillons de Bercy a débuté en 1996, dans six bâtiments rescapés du remodelage urbain qui, en 1979 a frappé ce quartier parisien des bords de Seine devenu, depuis sa création, par privilège de Louis XIV, le plus grand marché vinicole du monde. Les chais, construits par l’architecte Lheureux en 1886 dans la mouvance de la restructuration de la halle aux vins amorcée par Eugène Viollet-le-Duc dès 1878, y ont échappé, témoignant d’un aspect du passé de la capitale où tous les terroirs de la France se rencontraient. Leurs immenses bâtiments longitudinaux, alignés en travées le long de rues arborées sillonnées par des rails de wagons et qui par miracle ont été préservés, ont un air de campagne qui fait oublier la présence du béton. Pourtant, des signes nous disent que quelque chose a changé. Un cheval de bois accroché dans une glycine, des lustres de cristal dans les platanes. Qu’annoncent ces contrastes baroques ?
C’est leur manière de nous dire que ce lieu de mémoire de l’industrie vinicole du vieux Paris l’est aussi dans un autre domaine, celui des Arts forains. Le point commun ? La convivialité dont Jean-Paul Favand, à l’origine de cette extraordinaire résurrection, a fait une priorité. Sa collection, l’une des plus importantes au monde sur ce thème, a trouvé ici l’espace qu’imposait un volume de décors, de manèges, de jeux de foire réunis en vingt ans. Encore fallait-il donner une finalité à ce magnifique butin. C’est pour qu’il puisse être partagé par tous que les Pavillons de Bercy avec le musée des Arts forains, le théâtre du Merveilleux et les Salons vénitiens se sont ouverts aux visites, aux manifestations événementielles et aux réceptions. Pour que selon la très jolie formule de Jean-Paul Favand : « Le baroque et le surréalisme, en nous faisant regarder plus loin que nous-mêmes, permettent de rencontrer l’autre. »
Rêve forain
On ne soupçonne pas le rôle essentiel de la fête foraine au temps de son âge d’or, vers 1900. Elle ne se contenta pas d’offrir le spectacle, l’amusement et la part de rêve qui permettait à chacun de s’extraire de la grisaille quotidienne. Elle fut un outil de communication comparable à notre télévision. Allant au devant du public avec un souci de modernité et de progrès, elle l’initia aux premières applications de la vapeur et de l’électricité et même aux mystères du corps humain avec les cires anatomiques. Il devint acteur de reconstitutions historiques lorsqu’il lui fut donné de chevaucher à son tour, sur un manège, le cheval de bois qui en faisait un cavalier anobli.
C’est cet aspect de la fête foraine, vecteur de culture et d’information autant que de rêve, qui est mis en lumière dans le pavillon consacré aux Arts forains, à travers la reconstitution de l’un de ces « Carrousels-Salons » dont les manèges, les bals, les orgues, les jeux et les guinguettes attiraient des foules venues toucher du doigt un luxe inaccessible. À grand renfort de sculptures, de dorures, de tapisseries, de soieries, de broderies d’or et de perles, de vitraux, de cristaux, de miroirs, ces gigantesques monuments nomades déployaient de spectaculaires décors. Pas question ici d’art populaire mais d’un art décoratif spécialement créé à l’intention et à l’usage du plus grand nombre.
Puisant ses sources dans l’art officiel et l’art religieux, il fait appel aux savoir-faire traditionnels transposés avec maestria pour mieux jouer sur la démesure et la surcharge imposée par l’obligation d’éblouir. Dans son atelier d’Angers qui employait 60 ouvriers, Gustave Bayol, l’inventeur du cochon et du cygne de manège et dont les chevaux de bois semblaient doués de vie, a donné ses lettres de noblesse à un art reconnu de fraîche date. Il faudra attendre 1975 pour que le terme d’Art forain vienne à l’avant de la scène. À l’époque, Francois Mathey, alors conservateur en chef de l’Union centrale des Arts décoratifs et féru de collections, mûrissait le projet de la présentation d’une exposition dédiée à cet art dans la cour du Louvre. Une caution de taille, suffisamment encourageante pour inciter par la suite Jean-Paul Favand à trouver un cadre à la mesure de sa collection.
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