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Le domaine de Rayol : un balcon sur la mer

Il existe des lieux magiques où l’alchimie se produit entre nature et architecture, entre paysage sauvage et contrée domestiquée, pour former un espace hors du temps. Le Domaine du Rayol, appelé aussi Jardin des Méditerranées, en fait partie. Dépaysement assuré

ZOOM

Avec son extraordinaire vue sur la mer et la pointe de l’île du Levant, le Jardin des Méditerranées est l’un des derniers rivages sauvages de la corniche des Maures. Loin des savants étiquetages des jardins botaniques, on y déambule d’ambiances en découvertes, dans une liberté retrouvée.

De taille plus humaine que l’hôtel de la Mer, le Rayolet devient, dès les années 1930, la résidence d’Alfred Courmes et de son épouse, Thérèse.

Originaires des Canaries, les dragonniers peuvent culminer à plus de 20 m, avec des troncs de 6m de circonférence.

Dissimulés dans une végétation luxuriante, des escaliers aux larges degrés conduisent vers de nouvelles perspectives.

D’imposantes acanthes fleurissent au milieu des graminées.

Sous une futaie d’eucalyptus, les Agaves americana et les Agaves ferox, avec leurs feuilles menaçantes, ont atteint des tailles respectables.

Autour de cet eucalyptus centenaire, les jardiniers ont soigneusement disposé les fragments d’écorces qui forment un dessin graphique.

Au plus chaud de la journée, la pergola est un lieu de repos et de fraîcheur.

Ici pas de panneau d’interdiction ni de sens de visite obligatoire… On déambule au gré de l’inspiration et l’on picore des ambiances.

En vis-à-vis de la pergola, un banc permet de contempler le grand escalier, colonne vertébrale du Domaine.

Matérialisé par l’escalier majestueux qui part de la pergola, un grand axe nord-sud traverse le domaine, constituant son épine dorsale.

Située en plein milieu du Domaine, la ferme construite par Alfred Courmes s’est transformée en un lieu de repos où l’on peut se restaurer sous les pins parasol tout en écoutant le chant des oiseaux.

Préservant la flore locale, le Domaine du Rayol ressemble à un jardin de paysages, une évocation du naturel, légèrement jardiné mais jamais totalement abandonné.

Un Araucaria bidwilii se dresse non loin de la pergola. Originaire d’Australie, c’est un spécimen ancien et assez rare qui, grâce à la protection du vallon, a bien résisté à l’hiver 1985.

Couvertes d’une magnifique bougainvillée, les anciennes écuries sont désormais utilisées pour une exposition permanente consacrée à la botanique.

Évoquant la région du Cap en Afrique du Sud, les restionacées forment des touffes légères de tiges cylindriques, qui frissonnent au moindre souffle de vent.

L’Agave americana, cette belle plante succulente aux feuilles pointues, a été introduit en Europe vers le milieu du XVIe siècle, avant de se naturaliser, c’est-à-dire de se reproduire naturellement, sur tout le pourtour méditerranéen.

En homme de la terre, Alfred Courmes s’était assuré, avant toute autre chose, de la présence d’un point d’eau. Maçonné et couvert d’une pergola envahie d’une passiflore exubérante, le puits est l’endroit le plus frais du jardin.

Enjambant le ruisseau du Figuier qui, passant par le puits, se jette dans la mer, un petit pont au milieu des lianes évoque la luxuriance de l’Asie subtropicale.

Les îles du Levant vues de la terrasse du Rayolet

Au départ de la plage du Figuier, on peut découvrir « le jardin marin » en compagnie d’un guide. La promenade s’effectue sous l’eau, avec combinaison de plongée, masque et palmes.

Pour ceux qui n’aiment pas l’eau, une exposition permanente sur le sentier marin est présentée à la maison de la plage, l’ancien garage à bateau du Domaine.

Le Domaine a décidé de réhabiliter les bâtiments du Rayolet pour en faire un lieu de formation sur les plantes et les paysages méditerranéens.

    On a peine à l’imaginer mais, au milieu du XIXe siècle, cette côte varoise était encore sauvage et inhospitalière, battue par les embruns et couverte par une végétation de maquis poussant sur un relief accidenté. Seuls quelques pêcheurs s’y risquaient, vivant l’hiver dans des hameaux sommaires. Dans les années 1880, une petite route serpentant entre Le Lavandou et Saint- Raphaël est construite et vient désenclaver la côte. Mais c’est la construction du chemin de fer, en 1890, qui marque le début de l’urbanisation. Le « petit train des pignes » – si lent que les voyageurs pouvaient en descendre pour ramasser les pignes de pins – permet aux premiers touristes ébahis de découvrir les extraordinaires paysages qui se succèdent. Rochers escarpés, pins maritimes caressant l’eau comme dans des estampes japonaises, îlots tapis dans la brume de chaleur… Toute une riche société découvre alors les bienfaits des bains de mer et les merveilles de cette région. Et commence à construire des villégiatures, chacun à la hauteur de ses moyens.

    L’oeuvre d’un jardinier voyageur

    C’est ainsi qu’au tout début du XXe siècle, le fils d’un fabricant de bouchons en liège de Bormes acquiert les 20 hectares d’un vallon qui descend jusqu’à la mer. Alfred Courmes, ingénieur des Mines, a fait fortune en exploitant mines, forêts et terres agricoles en Afrique coloniale, et à près de 50 ans, il revient au pays avec sa jeune épouse. En homme de la terre, il fait d’abord capter l’eau de la source pour alimenter un puits, édifier les bâtiments agricoles, puis des terrasses pour créer un potager et un verger. Vient ensuite la conception du jardin d’agrément, structuré autour d’une imposante pergola. Grand voyageur et jardinier curieux, Alfred Courmes y acclimate, dans le goût de l’époque, des plantes exotiques qui se développent à merveille.

    C’est ainsi qu’agaves, cactus cierges, aloès et araucarias viennent donner un petit air de bout du monde au jardin, entourés de variétés endémiques comme les chênes verts ou les pins maritimes. Quant au vallon, Alfred Courmes y introduit des plaqueminiers et des bambous, une graminée déjà très à la mode. Commencée en 1912, l’édification de la maison principale, le futur hôtel de la Mer ne se termine, guerre oblige, qu’en 1925. Mais le couple n’aime pas cette grande maison d’apparat aux immenses pièces et décide de la vendre pour construire, en 1927, le Rayolet où ils vivront jusqu’à la disparition d’Alfred Courmes, en 1934. Devenu trop vaste et trop coûteux, le Domaine du Rayol est vendu en 1940 à Henri Potez, figure emblématique de l’industrie aéronautique française, qui s’y installe avec sa famille pour toute la durée de la guerre.

    Mais Henri Potez fait mieux : pour redonner son homogénéité au Domaine, il rachète l’hôtel de la Mer. Ce n’est qu’en 1949, alors que le Domaine redevient une villégiature, qu’est créée l’immense volée de marches, sorte d’articulation du jardin qui, suivant un axe nord-sud, permet aussi de faire « respirer » la pergola. Le jardin entre ensuite en sommeil pendant de longues années… Jusqu’en 1989, date à laquelle cette friche de liberté, idéalement située et vierge de lotissement balnéaire, attise les convoitises de promoteurs qui souhaitent y construire de fructueux complexes immobiliers.

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