Il existe des lieux magiques où l’alchimie se produit entre nature et architecture, entre paysage sauvage et contrée domestiquée, pour former un espace hors du temps. Le Domaine du Rayol, appelé aussi Jardin des Méditerranées, en fait partie. Dépaysement assuré
On a peine à l’imaginer mais, au milieu du XIXe siècle, cette côte varoise était encore sauvage et inhospitalière, battue par les embruns et couverte par une végétation de maquis poussant sur un relief accidenté. Seuls quelques pêcheurs s’y risquaient, vivant l’hiver dans des hameaux sommaires. Dans les années 1880, une petite route serpentant entre Le Lavandou et Saint- Raphaël est construite et vient désenclaver la côte. Mais c’est la construction du chemin de fer, en 1890, qui marque le début de l’urbanisation. Le « petit train des pignes » – si lent que les voyageurs pouvaient en descendre pour ramasser les pignes de pins – permet aux premiers touristes ébahis de découvrir les extraordinaires paysages qui se succèdent. Rochers escarpés, pins maritimes caressant l’eau comme dans des estampes japonaises, îlots tapis dans la brume de chaleur… Toute une riche société découvre alors les bienfaits des bains de mer et les merveilles de cette région. Et commence à construire des villégiatures, chacun à la hauteur de ses moyens.
C’est ainsi qu’au tout début du XXe siècle, le fils d’un fabricant de bouchons en liège de Bormes acquiert les 20 hectares d’un vallon qui descend jusqu’à la mer. Alfred Courmes, ingénieur des Mines, a fait fortune en exploitant mines, forêts et terres agricoles en Afrique coloniale, et à près de 50 ans, il revient au pays avec sa jeune épouse. En homme de la terre, il fait d’abord capter l’eau de la source pour alimenter un puits, édifier les bâtiments agricoles, puis des terrasses pour créer un potager et un verger. Vient ensuite la conception du jardin d’agrément, structuré autour d’une imposante pergola. Grand voyageur et jardinier curieux, Alfred Courmes y acclimate, dans le goût de l’époque, des plantes exotiques qui se développent à merveille.
C’est ainsi qu’agaves, cactus cierges, aloès et araucarias viennent donner un petit air de bout du monde au jardin, entourés de variétés endémiques comme les chênes verts ou les pins maritimes. Quant au vallon, Alfred Courmes y introduit des plaqueminiers et des bambous, une graminée déjà très à la mode. Commencée en 1912, l’édification de la maison principale, le futur hôtel de la Mer ne se termine, guerre oblige, qu’en 1925. Mais le couple n’aime pas cette grande maison d’apparat aux immenses pièces et décide de la vendre pour construire, en 1927, le Rayolet où ils vivront jusqu’à la disparition d’Alfred Courmes, en 1934. Devenu trop vaste et trop coûteux, le Domaine du Rayol est vendu en 1940 à Henri Potez, figure emblématique de l’industrie aéronautique française, qui s’y installe avec sa famille pour toute la durée de la guerre.
Mais Henri Potez fait mieux : pour redonner son homogénéité au Domaine, il rachète l’hôtel de la Mer. Ce n’est qu’en 1949, alors que le Domaine redevient une villégiature, qu’est créée l’immense volée de marches, sorte d’articulation du jardin qui, suivant un axe nord-sud, permet aussi de faire « respirer » la pergola. Le jardin entre ensuite en sommeil pendant de longues années… Jusqu’en 1989, date à laquelle cette friche de liberté, idéalement située et vierge de lotissement balnéaire, attise les convoitises de promoteurs qui souhaitent y construire de fructueux complexes immobiliers.
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