Lié au souvenir de Mme de Sévigné, sauvé des ruines au début du XXe par une passionnée de vieilles pierres, remeublé dans l’esprit des XVIIe et XVIIIe, le château de Grignan a retrouvé son éclat. Il est de nouveau l’écrin des arts, du théâtre, de la musique et de la littérature.
Grignan et Mme de Sévigné. Les deux noms sont indissociables. La marquise a rendu le château célèbre. Elle venait y voir sa fille, en parlait dans ses lettres, donnait ses impressions, racontait ce qu’il était au XVIIe siècle. Perché sur le tertre rocheux du petit village médiéval de la Drôme, l’édifice a alors presque six siècles, mais il n’en laisse presque plus rien paraître. Les travaux réalisés dès la fin du XVe siècle par Gaucher Adhémar, puis par son fils Louis, descendants des premiers seigneurs du lieu, ont métamorphosé l’austère logis féodal en un fastueux édifice Renaissance. Depuis qu’il en a hérité, François de Castellane, comte de Grignan, s’est à son tour lancé dans les travaux pour maintenir la demeure à la hauteur de ses fonctions. Militaire de carrière, il est lieutenant général de Provence et, à ce titre, représente le roi dans la région. Nommé à ce poste à 36 ans, en 1669, il s’est marié la même année, en troisièmes noces, avec Françoise-Marguerite de Sévigné.
Le comte de Grignan entretient l’habitation à grands frais, l’agrandit et l’embellit. Une entrée d’honneur est aménagée dans la longue façade sud. Il entame la construction de l’aile classique dite « des prélats » (inachevée) pour ses frères, archevêque d’Arles et évêque de Carcassonne, qui habitent sur place. La terrasse, d’où l’on embrasse un superbe panorama à 360° sur la plaine, le mont Ventoux et les dentelles de Montmirail jusqu’aux monts d’Ardèche, est entourée de balustres qui renforcent le caractère grandiose du site. Des lambris d’appui sont placés sur les murs intérieurs. Au fait des dernières tendances de Paris et de la cour, Françoise-Marguerite les fait recouvrir d’étoffes chatoyantes. Elles ajoutent leur éclat au luxe des meubles précieux, tableaux et objets d’art.
Le couple mène grand train. Mme de Sévigné s’inquiète. « Quand je me représente la quantité de monde que vous êtes à Grignan, que c’est cela être dans son château à se reposer un peu des autres dépenses, je voudrais en rire si je pouvais », écrit-elle. Les dettes s’accumulent. Après la mort du comte et de la comtesse de Grignan, leur fille et héritière, Pauline de Simiane, ne peut faireface aux créanciers et vend les terres et le château. Passé entre les mains d’un présumé « émigré », il est démantelé pendant la Révolution. Le mobilier est vendu et les pillards achèvent le désastre. Au début du XIXe siècle, le monument, abandonné, mais toujours marqué par le souvenir de Mme de Sévigné, est en ruine.
C’est alors qu’entrent en lice les passionnés de vieilles pierres. En 1838, le Grignanais Léopold Faure donne le coup d’envoi du sauvetage. Il restaure le châtelet d’entrée, stabilise les ruines et bat la campagne pour retrouver les collections. La voie est ouverte pour une autre intervention providentielle, celle de Marie Fontaine.Veuve et fortunée, elle rachète le château en 1912 et s’engage avec passion dans sa rénovation, avec des artisans régionaux. Même si son souci d’exactitude ne va pas jusqu’à recréer la complexité des espaces intérieurs, préférant les adapter à un usage plus moderne et confortable, elle mène le projet de façon éclairée.
Aidée par des érudits, elle étudie les estampes et documents d’archives, et s’appuie sur les éléments d’architecture encore en place pour rétablir le bâti et réinterpréter le décor intérieur. Depuis 1979, le département de la Drôme, nouveau propriétaire des lieux, a pris le relais et a ouvert le château au public. Peu à peu, il a été remeublé au plus près des descriptions retrouvées dans les inventaires des XVIIe et XVIIIe siècles. Les pièces d’apparat ont retrouvé leur lustre et le château revit comme si l’histoire de ses murs ne s’était jamais interrompue. Et comme au temps des Grignan et de Mme de Sévigné, les acteurs, musiciens et écrivains réinvestissent régulièrement les lieux pour leur donner une nouvelle dimension culturelle.
CHÂTEAU DE GRIGNAN : 26230 Grignan. Ouvert toute l’année, sauf les mardis entre le 1er novembre et le 31 mars, le 1er janvier et le 25 décembre. Tél. : 04 75 91 83 50 et http://chateaux.ladrome.fr Le théâtre avec les « Fêtes nocturnes » en août, le festival de jazz en novembre, des concerts classiques durant l’hiver… Toute la programmation culturelle est sur le site Internet.
Visite privée réalisée par Pascale Thuillant. Photos Christophe Raynaud de Lage
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