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Le château de Grignan de Madame de Sévigné

Lié au souvenir de Mme de Sévigné, sauvé des ruines au début du XXe par une passionnée de vieilles pierres, remeublé dans l’esprit des XVIIe et XVIIIe, le château de Grignan a retrouvé son éclat. Il est de nouveau l’écrin des arts, du théâtre, de la musique et de la littérature.

ZOOM

Perché sur un mamelon rocheux, le château de Grignan – dont on voit ici l’arrière de la façade Renaissance – est bordé par une vaste terrasse offrant un magnifique panorama sur les plaines et montagnes alentour. Curiosité architecturale, cette dernière sert de toit à la collégiale Saint- Sauveur, construite en contrebas au XVIe siècle.

L’escalier du grand vestibule, construit au XVIIe siècle par le comte de Grignan, a été restauré au début du XXe lors des travaux commandés par Marie Fontaine. Au mur, les tapisseries d’Aubusson du XVIIe, illustrant « l’Histoire d’Alexandre » et celle de « Godefroy de Bouillon », rappellent les premiers décors du château.

L’ancienne entrée du XVe siècle, voûtée d’ogives, évoque la famille des Adhémar, premiers seigneurs du lieu qui se sont illustrés dans les armes et les croisades.

Grande salle de réception réaménagée avec des boiseries et lambris d’appui de style Empire, provenant de l’ancien hôtel particulier de Crest (Drôme).

La salle du Roi est l’une des plus prestigieuses du château. Son décor commandé par Marie Fontaine au début du XXe siècle à des artisans et décorateurs avignonnais, est inspiré par ceux des grands châteaux des XVIe et XVIIe siècles. Pianoforte datant du XIXe (Maison Pleyel).

Un lit « à la française », très en vogue aux XVIe et XVIIe siècles, a été placé dans l’ancienne chambre de M. de Grignan. Il est garni d’une soie peinte caractéristique du goût du début du XVIIIe pour les motifs extrême-orientaux.

Le cabinet de travail occupé par Mme de Grignan est tendu de brocatelle à motifs dorés sur fond cramoisi, réalisée par la manufacture Prelle, d’après l’inventaire du début du XVIIIe siècle. Un buste en terre cuite représentant Mme de Sévigné orne la commode.

Dans la chambre de Mme de Grignan, la cheminée en bois du XVIIe siècle et le tissu rayé s’inspirent quant à eux de l’inventaire de 1672.

Mme de Sévigné était installée dans les appartements dits d’Uzès. Son cabinet de travail a été réaménagé avec des meubles provençaux du XVIIIe (lit à la polonaise et sièges) et du XIXe (bureau).

    Grignan et Mme de Sévigné. Les deux noms sont indissociables. La marquise a rendu le château célèbre. Elle venait y voir sa fille, en parlait dans ses lettres, donnait ses impressions, racontait ce qu’il était au XVIIe siècle. Perché sur le tertre rocheux du petit village médiéval de la Drôme, l’édifice a alors presque six siècles, mais il n’en laisse presque plus rien paraître. Les travaux réalisés dès la fin du XVe siècle par Gaucher Adhémar, puis par son fils Louis, descendants des premiers seigneurs du lieu, ont métamorphosé l’austère logis féodal en un fastueux édifice Renaissance. Depuis qu’il en a hérité, François de Castellane, comte de Grignan, s’est à son tour lancé dans les travaux pour maintenir la demeure à la hauteur de ses fonctions. Militaire de carrière, il est lieutenant général de Provence et, à ce titre, représente le roi dans la région. Nommé à ce poste à 36 ans, en 1669, il s’est marié la même année, en troisièmes noces, avec Françoise-Marguerite de Sévigné.

    Grandeur et décadence

    Le comte de Grignan entretient l’habitation à grands frais, l’agrandit et l’embellit. Une entrée d’honneur est aménagée dans la longue façade sud. Il entame la construction de l’aile classique dite « des prélats » (inachevée) pour ses frères, archevêque d’Arles et évêque de Carcassonne, qui habitent sur place. La terrasse, d’où l’on embrasse un superbe panorama à 360° sur la plaine, le mont Ventoux et les dentelles de Montmirail jusqu’aux monts d’Ardèche, est entourée de balustres qui renforcent le caractère grandiose du site. Des lambris d’appui sont placés sur les murs intérieurs. Au fait des dernières tendances de Paris et de la cour, Françoise-Marguerite les fait recouvrir d’étoffes chatoyantes. Elles ajoutent leur éclat au luxe des meubles précieux, tableaux et objets d’art.

    Le couple mène grand train. Mme de Sévigné s’inquiète. « Quand je me représente la quantité de monde que vous êtes à Grignan, que c’est cela être dans son château à se reposer un peu des autres dépenses, je voudrais en rire si je pouvais », écrit-elle. Les dettes s’accumulent. Après la mort du comte et de la comtesse de Grignan, leur fille et héritière, Pauline de Simiane, ne peut faireface aux créanciers et vend les terres et le château. Passé entre les mains d’un présumé « émigré », il est démantelé pendant la Révolution. Le mobilier est vendu et les pillards achèvent le désastre. Au début du XIXe siècle, le monument, abandonné, mais toujours marqué par le souvenir de Mme de Sévigné, est en ruine.

    Du sauvetage à la résurrection

    C’est alors qu’entrent en lice les passionnés de vieilles pierres. En 1838, le Grignanais Léopold Faure donne le coup d’envoi du sauvetage. Il restaure le châtelet d’entrée, stabilise les ruines et bat la campagne pour retrouver les collections. La voie est ouverte pour une autre intervention providentielle, celle de Marie Fontaine.Veuve et fortunée, elle rachète le château en 1912 et s’engage avec passion dans sa rénovation, avec des artisans régionaux. Même si son souci d’exactitude ne va pas jusqu’à recréer la complexité des espaces intérieurs, préférant les adapter à un usage plus moderne et confortable, elle mène le projet de façon éclairée.

    Aidée par des érudits, elle étudie les estampes et documents d’archives, et s’appuie sur les éléments d’architecture encore en place pour rétablir le bâti et réinterpréter le décor intérieur. Depuis 1979, le département de la Drôme, nouveau propriétaire des lieux, a pris le relais et a ouvert le château au public. Peu à peu, il a été remeublé au plus près des descriptions retrouvées dans les inventaires des XVIIe et XVIIIe siècles. Les pièces d’apparat ont retrouvé leur lustre et le château revit comme si l’histoire de ses murs ne s’était jamais interrompue. Et comme au temps des Grignan et de Mme de Sévigné, les acteurs, musiciens et écrivains réinvestissent régulièrement les lieux pour leur donner une nouvelle dimension culturelle.

    CHÂTEAU DE GRIGNAN : 26230 Grignan. Ouvert toute l’année, sauf les mardis entre le 1er novembre et le 31 mars, le 1er janvier et le 25 décembre. Tél. : 04 75 91 83 50 et http://chateaux.ladrome.fr Le théâtre avec les « Fêtes nocturnes » en août, le festival de jazz en novembre, des concerts classiques durant l’hiver… Toute la programmation culturelle est sur le site Internet.

    Visite privée réalisée par Pascale Thuillant. Photos Christophe Raynaud de Lage
    Art&Décoration N°458 Février 2010

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