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La maison de l'Armateur du Havre, fleuron architectural du XVIIIe

Rare témoignage de l’architecture civile du Siècle des Lumières au Havre, la maison de l’Armateur fait revivre une famille d’armateurs-négociants chez elle et au sein des activités portuaire et commerciale de la cité normande.

ZOOM

Les pièces de la maison s’organisent sur cinq niveaux et sont distribuées de façon très originale selon un plan rayonnant autour d’un puits de lumière octogonal.

Construite dans un espace très étroit face au port, la maison de l’Armateur est ornée de colonnes dans un esprit classique inspiré par la Grèce antique. La façade se caractérise par des corniches et des fenêtres à balustres encadrées par des colonnes supportant un entablement dans la partie supérieure.

La cuisine d’origine, qui s’accompagnait d’une arrière-cuisine, se situe au premier étage. Y sont conservés des pièces de vaisselle et des ustensiles de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle, comme la soupière placée à droite qui provient de la faïencerie havraise Delavigne.

Doublant l’escalier d’honneur, l’escalier de service à vis permet d’accéder à l’étage supérieur. Il est agrémenté par une figure de proue de navire du milieu du XIXe siècle et un vase décoratif du XVIIIe siècle en bois sculpté et courbé.

Les murs de la salle à manger circulaire sont décorés de bas-reliefs en stuc par Pierre-Adrien Pâris sur le thème des Quatre Saisons. De gauche à droite, Cybèle, allégorie de l’hiver, Flore, allégorie du printemps, Pomone symbolisant l’automne et Cérès l’été. Au mur, tableaux de l’École flamande du XVIIe siècle. Brasero en faïence de Rouen et vide-poche d’époque Consulat.

Dans la salle à manger, à côté de l’Hiver sous les traits de Cybèle tenant une urne à la main, un placard s’ouvre sur un ensemble de verres et carafes des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles et des pièces de vaisselle en faïence de Rouen et de la Compagnie des Indes du XVIIIe siècle.

Niches, colonnes adossées, décors de stucs, sols en bois précieux et pierres dures, le décor des appartements privés – dont on voit ici le salon de musique et la salle à manger - est particulièrement raffiné. Le piano forte d’époque Restauration porte les signatures « Miquet au Havre » et « Lelong à Rennes ».

Le scintillement des cristaux apporte sa note de luxe au grand salon. On y reconnaît un confiturier du XVIIIe siècle, des carafes XVIIIe et Empire soufflées et en verre moulé, un verre à pied soufflé façon Venise.

L’ameublement du grand salon où sont accrochés les portraits de Pierre-Martin Foache et de Catherine Foache, épouse de Jacques François Bégouën-Demeaux, rappelle la mode de l’époque. Un grand guéridon et deux chaises Empire en occupent une partie. Parquet en mosaïque de bois exotiques (ébène, acajou, feréol, citronnier...)

Dans la chambre de Madame, un lit Louis XVI en bois sculpté et peint, a été installé dans l’alcôve bordée de pilastres à chapiteau ionique. Un lutrin de lecture à hauteur réglable a été placé près du lit, et sur la table-oignon juponnée, on a posé une aiguière et son bassin Empire.

Deux biscuits de Sèvres ornent la cheminée de la chambre de Monsieur : à droite, Anne-Hilarion de Cotentin, comte de Tourville qui mena une carrière dans la marine royale et à gauche, Abraham Duquesne, né à Dieppe, qui fit une grande carrière de marin. Tenture murale de Braquenié.

Un bureau de voyage et une chaise gondole Restauration complètent l’aménagement du cabinet des instruments de marine.

Sous la verrière sommitale, la déambulation s’effectue autour d’un balcon d’aspect un peu théâtral.

Dans le cabinet des maquettes, celle du navire Le Soleil trône sur un coffre de marine en fer du XVIIe siècle. Un dessin à l’encre légendé explique le principe de construction du vaisseau sur berceau de bois.

    D’origine havraise, l’anti-esclavagiste Bernardin de Saint-Pierre, l’auteur de Paul et Virginie, dont un portrait est placé dans la salle réservée à la présentation des différentes formes de commerce (avec les Indes orientales c’està- dire l’Extrême-Orient, Japon, Chine, puis avec les colonies d’Amérique), avait su attirer l’attention sur le sort des esclaves. « Ces belles couleurs de rose et de feu dont s’habillent nos dames, écrivait-il, le coton dont elles ouatent leurs jupes, le sucre, le café, le chocolat de leur déjeuner, le rouge dont elles relèvent leur blancheur étaient dues à la main des malheureux nègres (qui) sert à préparer tout cela pour elles. Femmes sensibles, poursuivait encore Bernardin de Saint Pierre, vous pleurez aux tragédies et ce qui sert à vos plaisirs est mouillé de pleurs et du sang des hommes ! »

    Autour des décors de Pâris

    Une invitation à la réflexion pour le visiteur qui serait uniquement intéressé par l’aspect luxueux de la demeure et la vraisemblance de son atmosphère avec la cuisine d’origine encore en place et juste au-dessus, au troisième niveau, les petites pièces des appartements privés où les portraits des maîtres de maison et de la famille ont trouvé naturellement leur place. L’architecture et le décor de cet étage, traité comme un étage noble, sont particulièrement soignés. Les remarquables stucs de Pierre-Adrien Pâris sur le thème des saisons ornent la salle à manger circulaire dont le sol en pierres dures figure une rosace. Dans le grand salon et les chambres, le parquet est composé d’essences exotiques précieuses.

    La vie est partout suggérée : une petite table est dressée dans la salle à manger, une partition ouverte attend sur le piano du salon de musique. À l’étage du dessus, une chambre rappelle celle prévue pour les hôtes de passage des Foache. C’est à ce quatrième niveau, où ont lieu des expositions temporaires et des soirées lecture et conférences, que se trouvent la bibliothèque, une salle des cartes et plans avec des tiroirs à ouvrir pour les découvrir, et l’un des deux cabinets de curiosités. L’un rassemble des vestiges archéologiques et souvenirs ethnologiques venus d’ailleurs tandis que celui de l’étage supérieur est dévolu aux objets naturalistes.

    Témoignant de la culture et des centres d’intérêt des propriétaires, ces derniers évoquent la volonté d’égaler les demeures seigneuriales dont ils ont été longtemps l’apanage. Deux des pièces supérieures rayonnant également autour de la verrière sommitale, sont consacrées à l’histoire de la navigation et de la marine en liaison avec le port cauchois. L’un rassemble des maquettes de navires construits au Havre comme Le Soleil. L’autre expose des instruments de marine telle l’hélice servant à la propulsion, dont le brevet est déposé au Havre en 1839 à la suite des travaux de Frédéric Sauvage. Et pour parfaire l’évocation du mode de vie au temps des Foache, c’est aussi à ce niveau qu’une chambre de domestique a été installée.

    Maison de l’Armateur. 3, quai de l’Île, 76600 Le Havre. Ouvert vendredi, samedi, dimanche et lundi de 11h à 18h et mercredi de 14h à 18h. Réservation conseillée. Inscriptions au 02 35 19 09 85 et à l’office de tourisme du Havre et de la pointe de Caux. Tél. : 02 32 74 04 04.

    Réalisé par Pascale Thuillant. Photos Philippe Louzon.

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