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La « carrière » de Gaudí à Barcelone

Chef-d’oeuvre de Gaudí, La Pedrera domine depuis 1912 le Passeig de Gràcia, à Barcelone. Visionnaire, l’architecte a conçu un immeuble tout en courbes, imposant et révolutionnaire. Tatillon, il a veillé avec soin à l’agencement intérieur. Un appartement, réaménagé à la manière des demeures bourgeoises de l’époque, en est le fabuleux témoin.

ZOOM

La Pedrera tourne vers le Passeig de Gràcia sa façade tout en rondeurs et en mouvement. Les ferronneries qui ornent balcons et fenêtres imitent des formes végétales.

Les fenêtres des appartements s’ouvrent sur deux cours intérieures plus ou moins circulaires. Dans l’une d’elles, un escalier extérieur de forme sinueuse conduit directement aux logements du premier étage.

Un portemanteau en fonte de style 1900 suffit à meubler l’entrée aux proportions généreuses. Les portes, soulignées de moulures torsadées, contribuent à l’atmosphère imposante du lieu. Le sol est dallé de marbre.

Sur la porte d’entrée de l’appartement, une grille en fer forgé forme un imposant judas. Les motifs plissés des moulures, tels que les avaient dessinés Gaudí, sont une interprétation moderniste d’un motif médiéval.

De l’entrée part un long corridor qui dessert les pièces de service. Un paravent en ferme partiellement l’accès. Deux fauteuils et une console de style 1900 s’appuient contre la cloison interne. Des fenêtres intérieures ont été aménagées pour faire entrer dans la cuisine la lumière naturelle provenant des fenêtres du couloir.

De l’entrée, on accède au séjour, avec son phono à pavillon installé dans l’angle opposé, près de la fenêtre.

Éclairé par trois larges fenêtres donnant sur le Passeig de Gracià, le séjour est composé de deux pièces – le salon et la salle à manger – qui communiquent largement entre elles : Gaudí a imaginé, pour les séparer ou les réunir, un système de portes coulissantes, escamotables dans la double paroi de la cloison.

Un buffet à deux corps, une desserte, une table centrale et ses chaises, tel était le standard, au début du XXe siècle, d’une salle à manger bourgeoise. Signé Joan Busquets, célèbre fabricant de meubles barcelonais, le mobilier reste très moderniste avec sa structure imitant des arcs-boutants.

Un buffet à deux corps, une desserte, une table centrale et ses chaises, tel était le standard, au début du XXe siècle, d’une salle à manger bourgeoise. Signé Joan Busquets, célèbre fabricant de meubles barcelonais, le mobilier reste très moderniste avec sa structure imitant des arcs-boutants.

Le décor floral en marqueterie est caractéristique du goût de la Belle Époque pour la nature. Soulignée par le jeu des lignes courbes et déliées, la structure du meuble est également typique du Modernisme, alors en plein essor. Au travers du buffet, on aperçoit un portrait au fusain de Ramon Casas.

Communiquant avec le salon, la chambre des propriétaires est agrémentée d’une salle de bains attenante. L’ensemble du mobilier, avec ses lignes en papillon et son décor floral évocateur, est typiquement Art nouveau. Il a été créé par Gaspar Homar, un décorateur barcelonais très impliqué dans l’émergence du Modernisme catalan.

La chambre des propriétraires

L’univers du bureau est plus masculin et son décor, plus austère. Les fauteuils stricts s’inscrivent dans la lignée de la Sécession viennoise ou de l’Arts & Crafts venu d’Angleterre. Au mur, un portrait de Pere Milà côtoie un amusant accrochage de titres d’actions cotées en bourse rappelant la vitalité économique de Barcelone à cette époque.

    Son vrai nom – la Casa Milà – est dérivé de celui de son propriétaire, Pere Milà, un richissime industriel. Mais les Barcelonais ont tôt fait de lui trouver un surnom et l’appellent La Pedrera, « la carrière » en catalan. Parce que sa façade monumentale, entièrement habillée de blocs de pierre rugueux taillés et cabossés, rappelle les falaises et la roche mise à nu des carrières des environs de Vilafranca del Penedès,à quelques kilomètres de là. Imposante, La Pedrera domine le Passeig de Gràcia, l’artère la plus prestigieuse de la ville, à l’angle du Carrer de Provença. Haute de cinq étages, coiffée d’une toiture hérissée de cheminées monumentales dont la forme évoque des guerriers, La Pedrera est l’un des chefs-d’oeuvre de Gaudí à Barcelone. Sa façade fait penser à une mer agitée, sa terrasse est peuplée de géants qui rappellent ceux des fêtes populaires avec leurs allures de guerriers masqués, de combattants. Ce sont des soldats, des figures allégoriques qui symbolisent l’Humanité, la lutte du Bien et du Mal. Excessif, l’immeuble est imposant. On comprend le choc qu’il a causé, d’abord, aux Barcelonais, et leur promptitude à s’en moquer : une caricature le représente comme un garage à dirigeables, les fenêtres béantes servant d’abris à ces cigares volants…

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