Chef-d’oeuvre de Gaudí, La Pedrera domine depuis 1912 le Passeig de Gràcia, à Barcelone. Visionnaire, l’architecte a conçu un immeuble tout en courbes, imposant et révolutionnaire. Tatillon, il a veillé avec soin à l’agencement intérieur. Un appartement, réaménagé à la manière des demeures bourgeoises de l’époque, en est le fabuleux témoin.
L’aventure a commencé en 1906, lorsque Pere Milà commande à Gaudí un vaste immeuble pour loger sa famille. L’architecte catalan est alors au sommet de sa gloire et c’est à ce titre que l’homme d’affaires s’adresse à lui. Madame Milà, qui a fait fortune auprès d’un premier mari en Amérique du Sud, semble moins enthousiaste. Gaudí est en effet réputé pour son intransigeance. C’est un génie et, comme tous les génies, il est sans doute plus conscient de son oeuvre que des désirs de ses clients. En ce début du XXe siècle, Barcelone est une capitale. C’est une ville riche, très riche, qui a connu depuis près d’un quart de siècle un essor extraordinaire. Un urbanisme radical s’y est développé. Un nouveau quartier, l’Eixample, a fait exploser les limites de l’ancienne ville. Les rues y sont larges, rectilignes et se croisent à angle droit. Aux intersections, des immeubles à pans coupés donnent des allures de placettes aux carrefours. C’est là que la nouvelle bourgeoisie s’installe, plus attirée par la modernité que par la tradition. Dans ce contexte, le Modern Style qui se développe un peu partout en Europe et jusqu’à New York et Chicago, prend à Barcelone un air particulier. Les constructions « modernistes » se multiplient dans les nouveaux quartiers : des immeubles sublimes, des hôpitaux, des écoles, un somptueux palais de la Musique catalane…
Quelques architectes s’imposent, parmi lesquels Puig i Cadafalch ou Lluís Domènech i Montaner, mais la star, c’est Gaudí. Antoni Gaudí i Cornet est un visionnaire. Ses premiers clients sont ses mécènes. Le comte Eusebi Güell est de ceux-là. Gaudí construit pour lui un palais au coeur de Barcelone, un autre à l’extérieur et entreprend l’édification d’une cité-jardin avec parc et équipements sociaux au pied du Tibidabo. Vite introduit dans la haute société barcelonaise, Gaudí a passé la cinquantaine lorsque Pere Milà lui commande La Pedrera. Il a à son actif quelques réalisations prestigieuses à Barcelone et, en chantier, une église qui dépasse l’entendement : la Sagrada Familia. Gaudí est un mystique. Il veut dédier à la Vierge la décoration de la façade de La Pedrera. Mais Milà s’y oppose, provoquant la colère de Gaudí. Au final, seule l’inscription Ave Gratia Plena, sculptée au faîte de l’immeuble, subsiste du projet initial.
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