Avec un ensemble architectural du XVIIIe siècle tout à fait exceptionnel, Nancy est grandiose et en impose. La capitale de la Lorraine pourrait être intimidante si elle n’était pas si vivante. Se balader dans les ruelles animées du quartier Saint-Epvre, se mêler à l’effervescence de la place Stanislas suffit à s’en convaincre. Car comme disait Montesquieu, « il se trame en ces lieux un sacré art de vivre ».
Flâner de la Ville Vieille à la place Stanislas
Du Moyen Âge au XVIIIe siècle, tous les styles d’architecture sont présents.
Dans le quartier de la très vivante place Saint-Epvre, aménagée au XVe siècle et donc la plus ancienne de la vieille ville, règne une ambiance de village. À quelques pas de là, les hôtels particuliers arborent fenêtres à meneaux et dentelles de pierre enrubannées. Installé dans l’ancien palais ducal, le Musée lorrain est orné en façade d’une porterie, magnifique entrée monumentale de style Renaissance mêlé de gothique flamboyant. Le rythme s’accélère, un groupe d’étudiants – Nancy n’en compte pas moins de 40 000 – se presse vers la bibliothèque Stanislas pour aller réviser. Un peu plus loin, cette même jeunesse fait vibrer la ville d’une effervescence qui devait déjà être la sienne au XVIIIe siècle. Lieu de rencontre et de prestige, la place Stanislas (anciennement Royale) a été imaginée par l’architecte Emmanuel Héré et le ferronnier Jean Lamour sur la volonté de Stanislas Leszczynski. Duc de Lorraine, ancien roi de Pologne, cet homme de l’art, lettré et philosophe, est aussi le beau-père de Louis XV. Pour l’honorer, il lui fait édifier un somptueux ensemble architectural qui comprend le palais du Gouverneur et la place des Carrières. Classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, la place Stanislas qui en est le coeur est le rendez-vous incontournable des Nancéiens.
Pousser la porte des intérieurs bourgeois
Demeures et châteaux abritent des meubles et des objets chargés d’histoire.
L’ image aristocratique d’une Lorraine imprégnée de la culture des Lumières perdure encore dans de très beaux intérieurs bourgeois. Les châteaux lorrains ont derrière eux un passé riche de beaux esprits et d’artistes de toutes sensibilités. De Nancy à Lunéville, dont le château mérite le surnom de Petit Versailles lorrain, le goût sans faille de certains amateurs permet à des demeures de conserver – et de préserver – des meubles de collection extrêmement raffinés et chargés d’histoire. La demeure princière d’Haroué, avec une restitution de la chambre à coucher de Stanislas Leszczynski, rappelle ce que furent les fastes de la cour. Tandis qu’au château de Fléville, représentatif de la Renaissance française et meublé dans sa totalité, on croise des châtelains dont la famille occupe les lieux depuis plus de 200 ans.
Le mobilier lorrain
Devenu Français au milieu du XVIIIe siècle, le menuisier lorrain se nourrit d’apports extérieurs qu’il mêle, jusqu’au milieu du XIXe, aux styles Régence et Louis XV. Il travaille le hêtre, le charme et le chêne. Recourant au tournage, à la marqueterie ou à la sculpture, il orne ses réalisations de fleurs, de rinceaux ou de figures animales.
Plonger au coeur de l’Art nouveau
C’est ici qu’Émile Gallé fonde, en 1901, la célèbre École de Nancy.
Gallé, Majorelle, Prouvé… Des noms qui reviennent en tête d’affiche après une bonne quarantaine d’années d’oubli et de destruction. L’exposition « Gallé », organisée à Paris en 1985, relance l’intérêt pour l’Art nouveau et donne aux Nancéiens l’envie de protéger le patrimoine extraordinaire que leur ont laissé les maîtres de ce mouvement artistique « total » né à la fin du XIXe siècle. Ce sont des émigrés messins, fuyant l’occupation prussienne, qui insufflent à Nancy la dynamique culturelle et créative qui favorisera l’émergence de leur art. Ils s’appellent Émile Gallé, verrier, céramiste, ébéniste et fondateur de l’École de Nancy, Louis Majorelle, ébéniste, Jacques Gruber, verrier, Eugène Vallin, ébéniste, ou Victor Prouvé, peintre et sculpteur. Ils rêvent de développer un esprit nouveau « d’industrie d’art » visant à fabriquer en série des oeuvres destinées au plus grand nombre. Ils puisent leur inspiration dans la nature et la déclinent ensuite, mûs par la volonté de pratiquer un « art total », de l’architecture au mobilier, en passant par les vitraux, la verrerie et les objets décoratifs. Grâce à eux, la ville va se métamorphoser peu à peu pour devenir un grand musée à ciel ouvert.
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