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Nancy, ville des lumières

Avec un ensemble architectural du XVIIIe siècle tout à fait exceptionnel, Nancy est grandiose et en impose. La capitale de la Lorraine pourrait être intimidante si elle n’était pas si vivante. Se balader dans les ruelles animées du quartier Saint-Epvre, se mêler à l’effervescence de la place Stanislas suffit à s’en convaincre. Car comme disait Montesquieu, « il se trame en ces lieux un sacré art de vivre ».

ZOOM

La Renommée, au sommet de l’arc Héré, domine la place Stanislas. Noël se prépare autour du sapin et l’hôtel de ville a sorti ses lumières de fête.

De style Rocaille, la fontaine d’Amphitrite de Barthélémy Guibal et Jean Lamour est l’un des emblèmes de la place Stanislas. Elle jouxte l’opéra de Lorraine et cache un accès au parc de la Pépinière, situé juste derrière.

Récemment rendue aux piétons, la place « Stan » est le rendez-vous de tous les Nancéiens. L’hôtel de ville s’y trouve également depuis la création de la place au XVIIIe.

Réalisées par le ferronnier Jean Lamour, les grilles de la place Stanislas ont été classées Monument historique dès 1886. De style Rocaille, elles sont ornées du chiffre de Louis XV. On aperçoit au fond la cathédrale, édifiée au début du XVIIIe siècle.

Ancienne maison de maître, le Château de Baccarat accueille les hôtes prestigieux en visite à la cristallerie. Dans cette chambre, soie tendue et mobilier Empire déclinent une inspiration Retour d’Égypte.

Au Château de Baccarat, toutes les générations de propriétaires de la cristallerie ont leur portrait accroché aux murs d’un salon d’apparat.

Dans un appartement de Lunéville, le salon de style Napoléon III, aux murs tendus de soie rouge, affiche une belle collection de tableaux anciens.

Créée par Eugène Vallin, la salle à manger Masson est un exemple parfait de l’art total, qui décline dans une même inspiration architecture, décoration et mobilier. C’est la pièce la plus célèbre du musée de l’École de Nancy.

Trois merveilles réunies chez un collectionneur privé : un fauteuil et une bibliothèque de Jacques Gruber, et une sellette de l’architecte Émile André.

Meubles et boiseries de Majorelle, vitraux de Gruber, cheminée en grès flammé de Bigot… Malgré la diversité des savoir-faire, la salle à manger de la villa Majorelle est un ensemble profondément harmonieux

Deux bergères de la collection Pommes de Pin, imaginée par Louis Majorelle, ont pris place dans la reconstitution d’un salon au musée de l’École de Nancy.

Cet escalier monumental de style Art déco relie le musée des Beaux-arts à sa première extension, construite en 1936.

La collection Daum du musée des Beaux-arts est présentée dans les vestiges récemment mis à jour du Nancy médiéval. La muséographie joue la carte de la transparence pour valoriser ce patrimoine unique au monde.

La Misère, sculpture de Jules Desbois taillée dans deux poutres de chêne, cache La Douleur, l’une des plus belles oeuvres réalistes d’Émile Friant.

La Bataille de Nancy, d’Eugène Delacroix, évoque un épisode important de l’histoire du Duché de Lorraine.

Des milliers de moules sont stockés depuis 150 ans dans les archives de la manufacture. Un trésor sur lequel Jean- Louis Janin Daviet, directeur artistique et marketing, veille jalousement.

Grâce aux nuanciers, les peintres – surtout des femmes – retrouvent facilement les couleurs d’origine.

Sur l’assiette juste tournée, le sculpteur-modeleur trace au poinçon l’esquisse du futur motif.

Après avoir tracé les contours du motif dans l’argile fraîche, le sculpteur creuse les sillons de son modèle. Une fois séché, l’objet passera au four. Cette première cuisson donnera ce que l’on appelle le biscuit.

Flûtes à champagne « Harcourt », un best-seller au catalogue depuis 1841. Photo Ch. Raynaud de Lage

Dans l’atelier de dorure, il faut beaucoup de dextérité pour appliquer la pâte d’or sur les motifs gravés dans le cristal.

Avec son souffle ou avec ses outils, le souffleur façonne la goutte de cristal en fusion qu’il fait tourner au bout de sa canne

    Flâner de la Ville Vieille à la place Stanislas

    Du Moyen Âge au XVIIIe siècle, tous les styles d’architecture sont présents.

    Dans le quartier de la très vivante place Saint-Epvre, aménagée au XVe siècle et donc la plus ancienne de la vieille ville, règne une ambiance de village. À quelques pas de là, les hôtels particuliers arborent fenêtres à meneaux et dentelles de pierre enrubannées. Installé dans l’ancien palais ducal, le Musée lorrain est orné en façade d’une porterie, magnifique entrée monumentale de style Renaissance mêlé de gothique flamboyant. Le rythme s’accélère, un groupe d’étudiants – Nancy n’en compte pas moins de 40 000 – se presse vers la bibliothèque Stanislas pour aller réviser. Un peu plus loin, cette même jeunesse fait vibrer la ville d’une effervescence qui devait déjà être la sienne au XVIIIe siècle. Lieu de rencontre et de prestige, la place Stanislas (anciennement Royale) a été imaginée par l’architecte Emmanuel Héré et le ferronnier Jean Lamour sur la volonté de Stanislas Leszczynski. Duc de Lorraine, ancien roi de Pologne, cet homme de l’art, lettré et philosophe, est aussi le beau-père de Louis XV. Pour l’honorer, il lui fait édifier un somptueux ensemble architectural qui comprend le palais du Gouverneur et la place des Carrières. Classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, la place Stanislas qui en est le coeur est le rendez-vous incontournable des Nancéiens.

    Pousser la porte des intérieurs bourgeois

    Demeures et châteaux abritent des meubles et des objets chargés d’histoire.

    L’ image aristocratique d’une Lorraine imprégnée de la culture des Lumières perdure encore dans de très beaux intérieurs bourgeois. Les châteaux lorrains ont derrière eux un passé riche de beaux esprits et d’artistes de toutes sensibilités. De Nancy à Lunéville, dont le château mérite le surnom de Petit Versailles lorrain, le goût sans faille de certains amateurs permet à des demeures de conserver – et de préserver – des meubles de collection extrêmement raffinés et chargés d’histoire. La demeure princière d’Haroué, avec une restitution de la chambre à coucher de Stanislas Leszczynski, rappelle ce que furent les fastes de la cour. Tandis qu’au château de Fléville, représentatif de la Renaissance française et meublé dans sa totalité, on croise des châtelains dont la famille occupe les lieux depuis plus de 200 ans.

    Le mobilier lorrain
    Devenu Français au milieu du XVIIIe siècle, le menuisier lorrain se nourrit d’apports extérieurs qu’il mêle, jusqu’au milieu du XIXe, aux styles Régence et Louis XV. Il travaille le hêtre, le charme et le chêne. Recourant au tournage, à la marqueterie ou à la sculpture, il orne ses réalisations de fleurs, de rinceaux ou de figures animales.

    Plonger au coeur de l’Art nouveau

    C’est ici qu’Émile Gallé fonde, en 1901, la célèbre École de Nancy.

    Gallé, Majorelle, Prouvé… Des noms qui reviennent en tête d’affiche après une bonne quarantaine d’années d’oubli et de destruction. L’exposition « Gallé », organisée à Paris en 1985, relance l’intérêt pour l’Art nouveau et donne aux Nancéiens l’envie de protéger le patrimoine extraordinaire que leur ont laissé les maîtres de ce mouvement artistique « total » né à la fin du XIXe siècle. Ce sont des émigrés messins, fuyant l’occupation prussienne, qui insufflent à Nancy la dynamique culturelle et créative qui favorisera l’émergence de leur art. Ils s’appellent Émile Gallé, verrier, céramiste, ébéniste et fondateur de l’École de Nancy, Louis Majorelle, ébéniste, Jacques Gruber, verrier, Eugène Vallin, ébéniste, ou Victor Prouvé, peintre et sculpteur. Ils rêvent de développer un esprit nouveau « d’industrie d’art » visant à fabriquer en série des oeuvres destinées au plus grand nombre. Ils puisent leur inspiration dans la nature et la déclinent ensuite, mûs par la volonté de pratiquer un « art total », de l’architecture au mobilier, en passant par les vitraux, la verrerie et les objets décoratifs. Grâce à eux, la ville va se métamorphoser peu à peu pour devenir un grand musée à ciel ouvert.

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