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Albi : la ville rouge

Située sur le Tarn, à proximité des vignobles de Gaillac, Albi doit son surnom aux façades rouges de son centre historique, entièrement bâti en brique. La ville possède un patrimoine riche et préservé, au premier rang duquel figure l’emblématique cathédrale Sainte-Cécile, une formidable forteresse religieuse qui domine le paysage.

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Pour représenter Albi, Constant Duval, affichiste réputé des années 1920, a choisi le plus beau point de vue sur la cathédrale depuis les rives du Tarn. L’affiche a été créée pour les chemins de fer d’Orléans.

Les toits d’Albi vus de la tour de guet du clocher de l’église Saint-Salvi.

Les rives du Tarn offrent un magnifique panorama sur la vieille ville, avec la cathédrale Sainte-Cécile qui domine la rivière et, au premier plan, le Pont-Vieux.

Chef-d’oeuvre du gothique flamboyant, le jubé de la cathédrale Sainte-Cécile est l’un des plus spectaculaires de France. Édifié en 1485 pour clore le choeur, il est l’oeuvre d’ateliers bourguignons de Cluny. Les voûtes de la nef ont été peintes au début du XVIe siècle par des artistes italiens de Modène et Bologne.

Les jardins du palais de la Berbie donnent sur le Tarn et l’église de la Madeleine.

Le contraste est saisissant entre la brique laissée crue de la bâtisse du XIIIe siècle et le porche à baldaquin – dont on voit ici la voûte – qu’on lui a ajouté au XVe siècle, typique du gothique flamboyant prérenaissant.

Culminant à 78 mètres, le clocher de la cathédrale Sainte-Cécile, dont la construction démarre en 1282, se dresse tel un donjon de brique rouge.

Presque villageoise, la petite place du cloître Saint-Salvi est un haut lieu de la douceur de vivre à Albi.

Agrémenté d’un jardin paré de fleurs blanches, le cloître de Saint-Salvi mêle les styles roman et gothique.

Brique, colombage et encorbellement, la maison du Vieil Alby a été reconstruite à la manière d’autrefois, en suivant le plan d’origine. Elle accueille aujourd’hui des expositions. La rue de la Croix-Blanche qui la borde est typique des petites rues albigeoises.

Henri de Toulouse-Lautrec, Le Viaduc du Castelviel à Albi (1880). Coll. musée Toulouse Lautrec. Peintre et affichiste, l’enfant le plus célèbre d’Albi est aujourd’hui
honoré par sa ville. Un musée lui est consacré, qui présente l’essentiel de son oeuvre picturale. Aristocrate, issu d’une grande famille, Henri de Toulouse-Lautrec a passé une partie de son enfance à Albi où il a peint ses premiers tableaux. C’est néanmoins à Paris qu’il mûrit sa peinture, décrivant avec acuité les cabarets et les « maisons » de la butte Montmartre, les prostituées et les artistes, Aristide Bruant, la Goulue ou Valentin le Désossé. L’une de ses premières peintures – la vue de sa chambre à Albi – est conservée au musée d’Albi.

Aux environs d’Albi, dans une nature pittoresque, un éperon rocheux a contraint le Tarn à dévier sa course, formant un « cingle », un méandre de trois kilomètres de long. Le vieux village d’Ambialet est construit dans la boucle. Au passage le plus étroit, une centrale électrique, toute rose, a été édifiée.

La cour intérieure de l’hôtel Reynès est typique de l’époque Renaissance.

Au-delà du Pont-Vieux, sur la rive droite du Tarn, un ancien moulin, bien restauré, fait face à la vieille ville. Il abrite désormais le Comité départemental du tourisme et l’hôtel Mercure.

VERRES BLEUS. Dès le début du XVe siècle, on trouve des fours de verriers dans le massif de la Grésigne, montagne tarnaise, située au nordouest du département. La forêt fournissait le bois que l’on mélangeait à de la fougère et de la salicorne. Les fours se multipliant, la Grésigne devint un vrai pôle de production d’où sortaient des verreries essentiellement utilitaires – gourdes, mesures à vin et à huile, bocaux de conservation… Les oxydes contenus dans le sable et l’apport de la fougère au bois contribuèrent à donner au verre une teinte bleutée très caractéristique. L’ouverture d’une verrerie industrielle au charbon dès 1750 porta un coup fatal aux verriers de Grésigne. Coll. musée Lafage.

En associant brique, métal et verre, Pierre Brunerie, l’architecte de la médiathèque Pierre-Amalric inaugurée en 2001, a su inscrire cette architecture très contemporaine dans le contexte albigeois.

Les cocagnes séchées que l’on broyait pour fabriquer la teinture sont obtenues à partir des feuilles du pastel. Le bleu des écheveaux de laine est typique des teintes obtenues.

Intacts, les séchoirs à cocagne sont toujours installés au dernier étage du château-musée de Magrin. Une aération étudiée permettait un séchage régulier.

Un ancien moulin à pastel servait à broyer les feuilles du pastel qui, une fois transformées en pâte étaient roulées en boules, les « cocagnes ».

Au coeur du pays de Cocagne, le château de Magrin des XIIe et XVIe siècle, abrite le musée du Pastel.

Le bleu pastel à l’ancienne, tel que le fabrique encore Didier Boinnard, artisan pastellier, se décline en une douzaine de nuances.

Des maisons des XVIe et XVIIe siècles entourent la place centrale à couverts de Castelnau-de-Montmirail. Créée en 1222, cette ancienne bastide a conservé le charme de son authenticité.

Posés sur pilotis, les pigeonniers des environs de Gaillac sont les plus séduisants. On élevait pigeons et colombes pour les fientes qui servaient d’engrais. Celui-ci, en brique et à colombage, est à Fayssac.

Les vignes, un pigeonnier, un clocher, ce paysage est typique du Gaillacois à Andillac.

Dominant les vignes, au coeur du Gaillacois, le château de Mauriac, ancien château fortifié du XIVe siècle, a été patiemment restauré par Bernard Bistes, un peintre né à Albi.

L’hôtel Druillet d’Yversen, rue Cavaillé-Col, est l’une des plus belles maisons de Gaillac. Son superbe portail en bois sculpté date du XVIIe siècle.

Aujourd’hui aménagé en musée des Beaux-arts, le château de Foucaud, à Gaillac, date du XVIIe siècle. Il est entouré d’un superbe parc à la française.

Imposante, l’abbatiale Saint-Michel, dont la construction débute au Xe siècle, domine les rives du Tarn à Gaillac. Elle a été remaniée au XVIIe.

Deux charmants pavillons de musique du XVIIe siècle encadrent l’allée centrale du parc du château de Foucaud, à Gaillac. Une restauration serait bienvenue !

CAVALIERS ET GENTILSHOMMES. À deux pas de Rabastens, Giroussens fut un important centre de poterie. Dès le milieu du XVIe siècle, des fours sont actifs, mais c’est
entre 1650 et 1750 que les terres vernissées de Giroussens connaissent leur apogée, lorsque la province s’enrichit du commerce du pastel. Plats et assiettes sont décorés de motifs étonnamment modernes, alliant naïveté populaire et inspiration savante. Belles dames et gentilshommes sont, avec les fleurs, les thèmes de prédilection. Coll. Musée du Pays Rabastinois.

Tôt le matin, c’est le meilleur moment pour découvrir les petites rues pentues et les maisons médiévales de Cordes.

Dite « du Grand Fauconnier », cette maison à arcades est la plus récente des maisons gothiques de Cordes et date du XIVe siècle. Son appellation est purement fantaisiste et remonte au XIXe siècle.

Cordes-sur-Ciel est une petite cité perchée, serrée autour de son église.

Le mot « paradis » désigne en persan un « jardin clôturé ». Une étymologie dont le jardin des Paradis, à Cordes, s’est inspiré à la lettre puisqu’il a été conçu comme une succession de petits enclos aux inspirations diverses. Dans l’un deux, on peut découvrir cette fontaine signée Gérald Dugois, qui prend la forme d’un totem de béton coloré.

La porte de l’Horloge est l’un des accès possibles à la cité médiévale de Cordes.

MISE AU TOMBEAU. En 1490, Louis Ier d’Amboise, évêque d’Albi commande pour la chapelle du château de Combefa, sa résidence d’été près de Monestiès, une mise au tombeau composée de personnages sculptés grandeur nature. L’oeuvre en calcaire polychrome, d’inspiration bourguignonne est époustouflante de finesse. Elle est présentée
aujourd’hui dans la chapelle Saint-Jacques à Monestiès, entre Carmaux et Cordes-sur-Ciel.

La place du Griffoul à Gaillac (1860). Coll. musée de Gaillac. Firmin Salabert (1811-1895) Rien ne destinait Firmin Salabert, né à Gaillac, expéditionnaire dès l’âge de douze ans, à la peinture, si ce n’est une profonde attirance pour le dessin. Un amateur le remarque, lui apprend quelques rudiments avant qu’il ne fréquente les Beaux-arts de Toulouse puis l’atelier d’Ingres à Paris. D’abord installé à Londres, il acquiert vite une solide réputation de portraitiste. Un passage à la villa Médicis à Rome, auprès d’Ingres, renforce son savoir-faire. Il partage ensuite son temps entre Paris, Annecy et Gaillac. Si le portrait est sa spécialité, il a aussi peint des paysages comme la célèbre place du Griffoul, à Gaillac.

Les faucheurs dans la prairie de Cornebouc (1911). Coll. musée de Gaillac. Henry Loubat (1855-1926) Originaire de Gaillac, Henry Loubat s’expatrie pour étudier la peinture, à Toulouse d’abord, puis à Paris dans l’atelier de Cabanel. Revenant souvent dans sa région natale, il expose régulièrement à Toulouse. Portraitiste réputé, il ne limite pas son expression à ce type de peinture, abordant paysages, natures mortes, marines et autres scènes de genre. Descriptive, sa peinture s’affranchit néanmoins d’un réalisme appliqué,
privilégiant les miroitements de la lumière, usant de touches marquées, un peu dans l’esprit d’Henri Martin, alors peintre influent.

Personnages. Coll. musée de Gaillac. Marie Bermond (1859-1941) Élève du sculpteur Bourdelle dont elle devient l’amie, elle fréquente de nombreuses personnalités artistiques de son époque, tels Rodin ou l’historien Élie Faure, et participe à l’aventure de l’Art nouveau, exposant chez Samuel Bing à Paris. Curieuse, voyageuse, elle séjourne en
Tunisie et en Inde. Cet éveil aux différentes cultures, sa liberté de vie, ses contacts avec les maîtres se traduisent dans sa peinture par une originalité du ton, une liberté dans la composition. Le pastel est sa technique favorite, les portraits et les natures mortes de fleurs et de fruits, sont ses sujets de prédilection, qu’elle aborde de manière très inventive.
Ses « improvisations » – esquisses rapidement tracées sur le papier, associant pastel et huile – révèle un vrai tempérament, usant des couleurs qu’elle fait vibrer dans des sortes de rêves colorés.

Les bords du Tarn. Coll. musée de Gaillac. Raymond Tournon père (1870-1919) Natif de Gaillac, Raymond Tournon passe son enfance à Paris où il entre à l’atelier Cabanel. D’abord professeur de dessin, Tournon se tourne rapidement vers l’affiche, les bandes dessinées, les dessins humoristiques et l’illustration. Il mène en parallèle une carrière de peintre, essentiellement paysagiste, adoptant une facture influencée par l’impressionnisme, alors en pleine vogue. Lors d’un séjour à Villefranche-sur-Mer, il attrape la grippe espagnole et y meurt en 1919. Deux de ses fils sont également peintres, dont Raymond Tournon fils, peintre décorateur de théâtre.

Voici la version « luxe » de la commode de Castres. Ses tiroirs sont moulurés avec un motif central lancéolé et un décor de coquille et rinceaux de feuillage est sculpté sur la ceinture. Milieu du XVIIIe siècle. Coll. Antiquités Comdor Aldebert.

2. Les moulures mouvementées qui soulignent les panneaux de cette armoire sont typiques des meubles de la région. Début du XIXe siècle. Coll. Château du Cayla.

Buffet à cinq portes. La porte centrale a une mouluration symétrique, en chapeau de gendarme, les portes latérales sont asymétriques. Ceinture découpée, petits pieds galbés. Petit décor de fleurettes entaillées à la gouge sur la ceinture. Région de Brassac. Début du XIXe siècle. Coll. Antiquités Comdor Aldebert.

    Une cathédrale forteresse. En arrivant, on ne voit qu’elle. Impressionnante forteresse de brique rouge, perchée sur son promontoire, la cathédrale d’Albi coiffe de son imposante silhouette la ville ancienne agglutinée à ses pieds. Elle s’illumine aux rayons du soleil et s’embrase le soir, au couchant. C’est du Pont-Vieux qu’elle apparaît peut-être sous son plus beau profil.

    Adossée au palais de la Berbie, un temps résidence des évêques (« Berbie » vient de « Bisbia », évêché en occitan) et aujourd’hui musée Toulouse-Lautrec, la cathédrale Sainte-Cécile est unique en son genre. Véritable fortin religieux, ponctué de gargouilles, elle s’élance dans le ciel, dressant son clocher quadrangulaire tel un beffroi. Un porche, pur joyau du gothique flamboyant, vient soudain apprivoiser la muraille, dentelle de pierre incongrue sur cette architecture quasi militaire. Construite à partir du XIIIe siècle, après la fameuse croisade contre les Albigeois, la cathédrale se veut alors le manifeste d’une église revenue des fastes outranciers qui, un siècle auparavant, avaient favorisé l’essor de l’hérésie cathare.

    La brique partout. Si Toulouse est la « ville rose », Albi est sans conteste la ville rouge. La brique y est partout présente, s’offrant le luxe de dégradés somptueux dans des tons de rouge et de rose, intenses ou fanés. Elle donne aux bâtiments leur caractère aride.

    Tout autour de la cathédrale, dans un enchevêtrement de ruelles superbement restaurées, le « Vieil Alby » s’étend, coeur de ville d’une rare cohérence. Les maisons à colombage et encorbellements succèdent aux hôtels particuliers, plus aristocratiques, le long de rues étroites et sinueuses, aux pentes douces. Formidablement conservé, intelligemment rénové, le coeur ancien du « Vieil Alby » donne son charme particulier à la préfecture du Tarn, une ville pas si petite que ça et certainement parmi les plus attachantes du Sud.

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