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Victor Prouvé : un artiste transversal

À l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance, trois musées de la capitale lorraine rendent conjointement hommage à Victor Prouvé (1858-1943) et à son oeuvre au sein de l’École de Nancy. Le musée des Beauxarts de la ville se consacre à la peinture, celui de l’École de Nancy aux Arts décoratifs et le Musée lorrain à l’estampe et à l’illustration sur papier.

ZOOM

Petite Mie. La vie familiale occupe une place majeure dans la vie et l’art de V. Prouvé, comme en témoigne cette statuette représentant sa fille. Grès émaillé, Nancy, musée de l’École de Nancy. Photo G. Mangin

Victor Prouvé devant sa presse, vu par son ami le graveur et photographe Léopold Poiré, lorsqu’il découvre une gravure fraîchement réalisée. 1911. Nancy, musée de l’École de Nancy. Photo Léopold Poiré

La Parure. Grand coffret en cuir agrémenté de coins en cuivre émaillé réalisé en collaboration avec Camille Martin. Nancy, musée de l’École de Nancy. Photo C. Philippot

Affiche pour les cartes Bergeret. V. Prouvé exprime toute sa verve dans les affiches publicitaires dont il dessine lui-même les lettres. Nancy, Musée lorrain.

La Nuit. La sculpture se confond avec l’objet d’art dans cette coupe figurant un visage de femme, dont la chevelure gonflée par le vent abrite des figures allégoriques. Bronze, 1894. Nancy, musée de l’École de Nancy. Photo C. Philippot

Piano La Mort du cygne. Demi-queue Érard à piétement en acajou massif signé Louis Majorelle. Décor de marqueterie de bois par V. Prouvé sur le thème de la mort du cygne avec un décor végétal de roseaux qui s’inscrit dans l’esthétique de l’Art nouveau. Nancy, musée de l’École de Nancy.

Filles fleurs. Au coeur de l’Art nouveau, la femme se métamorphose ici en soliflore, décliné en pâte de verre et biscuit. Nancy, musée de l’École de Nancy.

Reliure sur Salammbô de G. Flaubert. L’image couvrant toute la surface et la manière dont le cuir est teinté et pyrogravé, ont fait de cette reliure réalisée par V. Prouvé et C. Martin l’une des plus révolutionnaires de l’époque. 1893. Nancy, musée de l’École de Nancy. Photo C. Philippot

Décor en cuir représentant une femme avec un bouquet d’iris, par V. Prouvé, sur un panneau de porte de l’ébéniste Eugène Vallin. Nancy, musée de l’École de Nancy. Photo Studio Image

Étude Femme avec enfant. Destinée au panneau Bonheur ou Joie du grand décor de la mairie du XIe arrondissement (vers 1898-1907), cette étude témoigne de l’intérêt de V. Prouvé pour Rubens et de la manière très aboutie dont il travaillait ses compositions. Fusain et pastel sur papier. Nancy, musée de l’École de Nancy. Photo C. Philippot

La Joie de vivre. Pour cette grande composition qui dépeint la vie d’une famille heureuse sur fond de travaux des champs, V. Prouvé se serait inspiré d’une photographie. 1902. Nancy, Musée des beauxarts de Nancy, dépôt du musée de l’École de Nancy.

Vase Orphée d’Émile Gallé, d’après un décor taillé et gravé par V. Prouvé. 1888-1889. Paris, musée des Arts décoratifs.

    Eclipsé par la réputation de Gallé, Majorelle et Daum, Victor Prouvé (très remarqué par le critique d’Art & Décoration, Georges Ducrocq, dès 1897) est l’une des personnalités les plus fécondes de l’Art nouveau. Peintre, dessinateur, graveur, sculpteur, créateur d’objets, décorateur, illustrateur, c’est l’artiste pluridisciplinaire par excellence, celui qui pourrait, à lui seul, incarner l’idée de « l’art dans tout » revendiquée par l’École de Nancy, officiellement créée en 1901. La figure humaine au centre de sa peinture Né à Nancy en 1858, il suit une formation de peintre. Il le restera toute sa vie, passant de la peinture de chevalet à la grande peinture décorative, et du paysage au portrait. Après avoir suivi l’enseignement des Beaux-Arts dans l’atelier de Cabanel à Paris, c’est pour l’escalier d’honneur de la mairie d’Issy-les-Moulineaux en 1895, et pour la mairie du XIe arrondissement en 1898, qu’il exécute ses plus importants décors muraux marqués par la réflexion sociale et l’exaltation d’un monde idéal, comme chez son ami et parfois rival Émile Friand.

    En bon artiste du XIXe siècle, il s’est « fait la main » en copiant les anciens avant que ses voyages en Tunisie et la découverte de l’Orient ne le mettent sur la voie d’une expression plus libre, marquée par l’observation du réel et l’adoption d’une palette éclaircie. Remarquable portraitiste, il prend volontiers sa femme Marie Duhamel et ses cinq enfants (dont le fameux Jean Prouvé) comme modèles, révélant à travers eux son bonheur familial dans la ville lorraine où il s’est réinstallé en 1902. Il y tisse de nombreux liens avec les personnalités du monde littéraire, musical et artistique dont il croque également des portraits vibrants de réalisme comme celui du maître verrier, céramiste et ébéniste, le premier président de l’École de Nancy, Émile Gallé.

    Les Arts décoratifs : de l’artisanat à l’industrie

    Dessinateur talentueux, Victor Prouvé dessine des modèles à ses amis de l’École de Nancy : des décors de vases et de meubles pour Gallé, la marqueterie d’un piano pour Majorelle, des sculptures pour le mobilier ainsi que des rideaux et des panneaux de cuir entrant dans la composition d’une salle à manger commandée à Eugène Vallin pour Charles Masson. S’il marque très tôt son intérêt pour les Arts décoratifs, il existait une frontière entre ces derniers et la peinture, marquée par la sacro-sainte hiérarchie des genres. Après l’ouverture du Salon de la société nationale des beaux-arts aux objets d’art contemporains en 1891, Victor Prouvé saisit l’occasion pour la franchir, et ajoute plusieurs reliures de livres à ses envois de tableaux.

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