À l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance, trois musées de la capitale lorraine rendent conjointement hommage à Victor Prouvé (1858-1943) et à son oeuvre au sein de l’École de Nancy. Le musée des Beauxarts de la ville se consacre à la peinture, celui de l’École de Nancy aux Arts décoratifs et le Musée lorrain à l’estampe et à l’illustration sur papier.
Eclipsé par la réputation de Gallé, Majorelle et Daum, Victor Prouvé (très remarqué par le critique d’Art & Décoration, Georges Ducrocq, dès 1897) est l’une des personnalités les plus fécondes de l’Art nouveau. Peintre, dessinateur, graveur, sculpteur, créateur d’objets, décorateur, illustrateur, c’est l’artiste pluridisciplinaire par excellence, celui qui pourrait, à lui seul, incarner l’idée de « l’art dans tout » revendiquée par l’École de Nancy, officiellement créée en 1901. La figure humaine au centre de sa peinture Né à Nancy en 1858, il suit une formation de peintre. Il le restera toute sa vie, passant de la peinture de chevalet à la grande peinture décorative, et du paysage au portrait. Après avoir suivi l’enseignement des Beaux-Arts dans l’atelier de Cabanel à Paris, c’est pour l’escalier d’honneur de la mairie d’Issy-les-Moulineaux en 1895, et pour la mairie du XIe arrondissement en 1898, qu’il exécute ses plus importants décors muraux marqués par la réflexion sociale et l’exaltation d’un monde idéal, comme chez son ami et parfois rival Émile Friand.
En bon artiste du XIXe siècle, il s’est « fait la main » en copiant les anciens avant que ses voyages en Tunisie et la découverte de l’Orient ne le mettent sur la voie d’une expression plus libre, marquée par l’observation du réel et l’adoption d’une palette éclaircie. Remarquable portraitiste, il prend volontiers sa femme Marie Duhamel et ses cinq enfants (dont le fameux Jean Prouvé) comme modèles, révélant à travers eux son bonheur familial dans la ville lorraine où il s’est réinstallé en 1902. Il y tisse de nombreux liens avec les personnalités du monde littéraire, musical et artistique dont il croque également des portraits vibrants de réalisme comme celui du maître verrier, céramiste et ébéniste, le premier président de l’École de Nancy, Émile Gallé.
Les Arts décoratifs : de l’artisanat à l’industrie
Dessinateur talentueux, Victor Prouvé dessine des modèles à ses amis de l’École de Nancy : des décors de vases et de meubles pour Gallé, la marqueterie d’un piano pour Majorelle, des sculptures pour le mobilier ainsi que des rideaux et des panneaux de cuir entrant dans la composition d’une salle à manger commandée à Eugène Vallin pour Charles Masson. S’il marque très tôt son intérêt pour les Arts décoratifs, il existait une frontière entre ces derniers et la peinture, marquée par la sacro-sainte hiérarchie des genres. Après l’ouverture du Salon de la société nationale des beaux-arts aux objets d’art contemporains en 1891, Victor Prouvé saisit l’occasion pour la franchir, et ajoute plusieurs reliures de livres à ses envois de tableaux.
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