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Le treillage de Tricotel, c'est toute une histoire

Revenu à la mode sous forme de claustras ou de fausses haies dans les petits jardins, le treillage est un art. Il a derrière lui une histoire fastueuse que perpétue et renouvelle l’entreprise Tricotel grâce à son savoir-faire d’exception… en voie de disparition.

ZOOM

Des morceaux de treillages anciens, ainsi que des éléments de treillages et de frises, sont stockés dans un coin de l’atelier pour servir de modèles.

Les lattes formant le maillage sont soigneusement ajustées dans le cadre. La largeur des mailles et leur forme, choisies avec le client, sont déterminantes pour la transparence du treillage.

Cette « frise à ronds » est un prototype du modèle destiné à être placé sous la corniche de la façade du Pavillon Frais situé dans le jardin français du Petit Trianon à Versailles.

Pour fabriquer ce panneau sur mesure, le treillageur suit un tracé à l’échelle 1/1. Les lattes en pin traité autoclave sont « aboutées » pour atteindre la longueur requise.

Intégrée au jardin français d’Albert Kahn, la grande serre a été commandée en 1895 aux célèbres paysagistes Henri et Achille Duchêne. Elle a été entièrement restaurée par Tricotel en 1992. Les parties manquantes ont alors été refaites. Photo prise dans la serre des jardins du musée Albert-Kahn, propriété du conseil général des Hauts-de-Seine

Cette corniche ornera bientôt la façade du Pavillon Frais, situé au Petit Trianon à Versailles. Les petites lattes, découpées en forme courbe dans du chêne massif, sont montées une par une pour former la moulure correspondant au dessin de l’architecte des Monuments historiques Pierre-André Lablaude.

Grand treillage « garde-vue » de la cour du musée Nissim-de-Camondo. Dessiné en 1919 par Achille Duchêne, surélevé en 1929, il a été restauré, c’est-à-dire presque entièrement refait à l’identique par Tricotel en 2003.

La peinture par immersion favorise l’imprégnation de la couleur dans le bois et le rend plus résistant.

    Le treillage doit son nom à la treille, qu’il sert à soutenir dans l’Antiquité. À la Renaissance, il entre dans la construction de gloriettes, pergolas et tonnelles. Mais c’est au XVIIe siècle que ces réseaux de mailles, fabriqués à partir d’échalas ou de lattes de bois, connaissent leur âge d’or. Ils servent à élaborer de fantastiques décors éphémères pour les fêtes, et se déploient dans les grands jardins classiques comme de véritables architectures. Au XVIIIe siècle, le treillage s’immisce dans les décors intérieurs et sur les façades, avant de faire son grand retour dans les jardins à la française dessinés, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, par les Duchêne. Entre-temps, le treillageur, joliment surnommé « menuisier des jardins », est devenu le représentant d’une profession à part entière.

    De la restauration à la création

    Fondée en 1848, l’entreprise Tricotel perpétue ce métier artisanal en voie de disparition. Après avoir réalisé des ouvrages d’exception et plusieurs pavillons pour les Expositions universelles, elle participe aujourd’hui à la restauration d’ouvrages historiques et réalise des treillages sur mesure à partir de modèles anciens ou de projets établis par des architectes.

    Son grand chantier actuel, c’est le treillage de la façade du Pavillon Frais, situé dans le jardin français du Petit Trianon à Versailles. Rétabli dans sa « version » d’origine du XVIIIe siècle, il est réalisé grâce au mécénat des American Friends of Versailles. « Lorsqu’ils sont encore en place, les treillages anciens sont souvent en si mauvais état qu’il faut les refaire presque entièrement, à l’identique », explique Bruno Payelle, le directeur général de Tricotel. Il cite en exemple le superbe treillage intérieur de la grande serre du jardin français d’Albert Kahn, conçue en 1895, ou le « garde-vue » dessiné en 1919 pour la cour intérieure de l’hôtel de Camondo, aujourd’hui transformé en musée.

    À côté de ces ouvrages d’architecture, l’atelier continue à travailler « à plat », dans les règles de l’art. Sur une grande table de 4 x 4 m, le treillageur a tracé un gabarit qui va lui servir de guide pour entrecroiser les lattes d’un panneau géant. Environ quatre heures de travail sont nécessaires pour achever le panneau, entièrement fixé avec des rivets en laiton qui garantissent sa bonne tenue dans le temps. « Beaucoup de paysagistes actuels les utilisent en “garde-vue”, pour se cacher du voisinage », explique M. Payelle. Pour lui, aucun doute : le treillage revient à la mode dans les jardins. Certains créateurs se sont même lancés dans des décors très contemporains. Une nouvelle tendance à suivre…

    Pour en savoir plus

    À lire : L’Art du treillage : Architecture de jardin, de Jean-Pierre Van Reyndorp, préface de Pierre- André Lablaude, 216 pages, Spiralinthe, 2006.
    À visiter : Hôtel Camondo, 63, rue de Monceau, 75008 Paris. Tél. : 01 53 89 06 50 et www.lesartsdecoratifs.fr
    Albert-Kahn, musée et jardins, 10-14, rue du Port, 92100 Boulogne-Billancourt. Tél. : 01 55 19 28 00 et www.albert-kahn.fr Ouverture exceptionnelle de la grande serre les 18 et 19 septembre 2010, à l’occasion des « Journées du Patrimoine ».

    Atelier Tricotel : 16, avenue Paul-Langevin, 95220 Herblay. Tél. : 01 30 26 33 44 et www.tricotel.fr

    Pascale Thuillant. Photos Olivier Hallot (Juillet-Août 2010)

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